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Urgence(s)

« Vu du Béarn », la chronique d’Olivier Dartigolles.

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Le dimanche soir, à la veille d’un nouveau départ pour Paris, quand le temps s’étire encore un peu et que le bruit numérique et médiatique n’a pas de nouveau tout envahi, je note sur un carnet les deux ou trois sujets de l’actualité béarnaise. Dans les débats rugueux des plateaux télé, l’arme du retour au réel est presque toujours d’une redoutable efficacité. À la fin de l’envoi, on touche ! Cette semaine, une seule ligne mais en grand et soulignée avec application.


Les urgences de l’hôpital d’Oloron-Sainte-Marie, capitale du Haut-Béarn, seront fermées à partir du 7 mai. Et cette fermeture va se prolonger jusqu’en septembre. Dans un communiqué sec comme un coup de trique, l’ARS informe que « la population ne doit pas se rendre aux urgences mais appeler obligatoirement le 15 ». La ligne du SMUR comme seule réponse aux habitants de ce pays. J’écris « pays » car j’ai peu à peu pris en détestation le terme de « territoires » que l’ARS, elle, affectionne comme la plupart des personnes qui ont remplacé les humains et la planète par des tableurs EXCEL. Oui, un pays, une terre, pour y vivre et donc pour y être soigné.
L’annonce a été d’une brutalité inouïe. Après les larmes de consternation et de colère des hospitaliers, ces héros du quotidien ont exprimé leur vive inquiétude pour les effets de cette décision sur les autres services de l’hôpital (le bloc opératoire sera fermé plusieurs semaines cet été), sur la prise en charge des habitants confrontés à une urgence médicale. Sans parler des interventions du peloton de gendarmerie de haute-montagne, celles des pompiers. Il a été proposé aux huit infirmières des urgences, aux six aides-soignantes et aux trois secrétaires administratives d’aller travailler à l’hôpital de Pau.


J’ai souvenir d’une confidence d’un retraité agricole de la vallée d’Aspe. Nous étions du côté de Sarrance, avec l’ami Robert Bareille qui a tant fait, avec d’autres, pour la défense et le développement du service public hospitalier en Haut-Béarn. Ce retraité a d’abord parlé de la vallée, d’un petit-fils, parti à Bordeaux pour ses études de vétérinaire. « Il aura une belle vie. Moi, j’ai très peu, une petite misère, pas de quoi vraiment vivre mais assez pour ne pas mourir ».

Alors c’est quoi l’hôpital d’après ? Après deux années de crise sanitaire ? L’hôpital qui ne devrait plus jamais être une entreprise mais un bien commun. Plus jamais une dépense mais un investissement prioritaire. L’hôpital d’aujourd’hui et de demain va-t-il être celui d’avant mais en pire ?
Tout cela, ici comme ailleurs, a un effet délétère. Les coups de tonnerre d’un déclassement qui n’en finit plus. Il est beaucoup question des fractures françaises, des blocs qui se font face. Des centres et des périphéries. Mais il y a besoin de médecins partout : dans les villes et les quartiers populaires comme dans la ruralité.
À Gurs, situé à moins d’une vingtaine de kilomètres d’Oloron, le Rassemblement national est arrivé en tête au premier tour de la dernière élection présidentielle. À Gurs… où il est indispensable de continuer à faire vivre les enjeux de mémoire mais où, et je l’écris avec gravité, le « no pasarán » ne suffira pas. Alors quoi ? La question est celle de l’urgence d’une issue progressiste. Celle inscrite à l’agenda de juin. Car trop de colères et d’humiliations, trop longtemps, peut engager un diagnostic vital pour notre société.


Image par Foundry Co de Pixabay.

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