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« Je respirais du poison » : dans la mine bretonne d’Imérys, des ouvriers exposés à des poussières toxiques

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Par Pauline Roussel

Le média d’investigation Splann ! révèle que des ouvriers d’une carrière d’andalousite, exploitée par l’entreprise Imérys à Glomel (Côtes-d’Armor), travaillent dans des poussières toxiques et cancérogènes. Cédric Gouagout, l’une des victimes de ces conditions de travail délétères, témoigne. 

Cédric Gouagout, ex-intérimaire à Imérys Glomel, souffre aujourd’hui du syndrome de Brooks. Photo Pauline Roussel, La Terre.

« Je m’appelle Cédric et je suis une victime d’Imérys. » D’une voix aussi tremblante que retentissante, il a jeté ça à l’assemblée. D’emblée. Et ça l’a essoufflé. En 2021, Cédric Gouagout a travaillé quatre mois comme ouvrier intérimaire dans la plus grande mine à ciel ouvert de France, située à Glomel dans les Côtes-d’Armor et exploitée par la multinationale Imérys. Seulement quatre mois, qui ont suffi à lui flinguer la santé. « J’y ai inhalé leur poussière qui m’a rendu invalide. Depuis cinq ans, je vis un enfer. »

La poussière dont il parle provient du broyage finement poussé de l’andalousite, minéral extrait à Glomel, résistant aux fortes chaleurs et utilisé notamment dans les fours industriels. Aussi, c’est un minéral bourré de silice cristalline alvéolaire, un cancérogène avéré pour l’humain, classé dans le groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

« Il n’y a pas beaucoup de substances aussi cancérogènes sur cette liste, où l’on trouve le plutonium, le radium, l’amiante ou encore l’arsenic. Les 120 ouvriers d’Imérys, dont 80 sont des intérimaires, sont exposés à ces poussières de silice cristalline. Elles provoquent tout un tas de troubles pulmonaires : cancer, emphysème ou encore la silicose, la maladie des mineurs. »

Scandale sanitaire

Là, celle qui parle, c’est Célia Izoard, autrice de La Ruée minière au XXIe siècle (Seuil) et enquêtrice pour Splann !. C’est au média d’investigation breton que l’on doit le témoignage de Cédric Gouagout, confié à la presse ce jeudi 10 septembre à Rennes. Et plus largement, à qui l’on doit cette énième révélation sur le scandale sanitaire de la mine de Glomel, .

Depuis 2024, Splann ! enquête sur Imérys. Et depuis, les révélations s’enchaînent. Ainsi, le média a révélé que les activités du site de 265 hectares – reconnu comme carrière par l’administration en raison du classement industriel de l’andalousite qui y extrait, et ce malgré un fonctionnement très minier – intoxiquent sources, ruisseaux et marais. Entre autres, il a révélé, en mars dernier, le déversement de 3 000 à 3 500 litres de produits chimiques en 2021 en amont de la réserve naturelle de Glomel. Puis, en juin, celui de 15 millions de litres d’effluents acides.

Nuage toxique

Chaque révélation s’appuie sur des documents, des témoignages ou encore des vidéos envoyées par des travailleurs. Comme celle dévoilée aujourd’hui en conférence de presse. Face aux images inédites filmées dans les ateliers d’Imérys, face aux tas de poussière, au brouillard épais, et à toutes ces substances toxiques qui étouffent l’air, les journalistes retiennent leur respiration. Quelques-uns réagissent, sidérés. « C’est inacceptable…» « Mais c’est quoi ça ? » C’est Germinal, en 2026, en Bretagne.

Visionner la vidéo de Splann ! : Chez Imérys Glomel, des ouvriers dans les poussières toxiques

« Il y avait de la poussière partout. On en avait dans le nez, la bouche… », réagit, aussi, Cédric, le regard embué. Lui était « rondier » dans la mine. Équipé d’un simple masque FFP3, inadapté aux dangers sanitaires du site, il effectuait des tâches de maintenance et de nettoyage. Il devait, notamment, enlever la poussière avant que des visites ouvertes au public n’aient lieu dans les ateliers vieux de 56 ans. Faut faire bonne mine.

L’intérieur d’un entrepôt de la mine Imérys de Glomel photographié par un salarié. Photo : Splann !

« Je mettais la tête dans des machines pleines de poussières microscopiques. Le médecin du travail d’Imérys me disait que je n’encourais aucun risque. Mais je savais que je me faisais mal à chaque fois. Je respirais du poison. »

Briser l’omerta

Après son intérim, on lui diagnostique un syndrome de Brooks, un asthme irritatif directement lié à l’exposition à la poussière de chaux et d’andalousite. Harnaché à son respirateur et à ses douleurs pulmonaires, il a désormais le souffle coupé à chaque parole ou mouvement du quotidien, comme porter un verre à sa bouche ou faire ses lacets. L’homme de 44 ans, un grand gaillard dont on sent la vitalité passée, porte aujourd’hui le poids de la souffrance sur ses épaules basses. Les traits tirés, la tête penchée, les yeux fatigués. Il est reconnu travailleur handicapé.

Aidé par l’association Climate Whistleblowers, le lanceur d’alerte est le premier à parler ouvertement et à mener une action judiciaire contre Imérys. Il a porté plainte contre l’agence d’intérim Manpower et la multinationale. Une première audience aura lieu le 8 octobre prochain, à Saint-Brieuc.

Nombre d’autres travailleurs sont malades. Quand certains témoignent auprès de Splann !, ils le font sous couvert d’anonymat, par peur des mesures de rétorsion et autres représailles. « « Les gens qui parlent, on les détruit », m’a dit un jour un ouvrier », raconte Célia Izoard. Quant aux intérimaires, main-d’œuvre précaire, « ils sont remplaçables », enchérit Cédric.

Et Alain Carré, médecin du travail spécialiste des risques miniers, d’insister : « Il ne faut pas que l’arbre cache la forêt ». Autrement dit, les poussières sont visibles, mais ne sont pas les seuls risques professionnels dans ces métiers et la bataille pour la protection des salariés n’est pas terminée. D’autant plus dans une France qui relance la machine minière et soutient Imérys dans la création d’une méga-mine de lithium en Auvergne.

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