Par Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste.
« Le sport porte en lui le tout de la société ».
C’est assez dire que le résistant à toutes les dérives, Edgar Morin, tapait juste.
La grande déglingue universelle sera parvenue à défigurer les rêves de notre enfance. Ce football que nous attendions avec fièvre. Ces matches rares et désirables. Et cette réalité, dans la passion, qui ne menaçait pas encore de s’effacer dans un virtuel à la fois grotesque et pathétique.
Comme s’il fallait une Coupe du monde pour pointer tous les quatre ans, un gigantisme, une violence, qui n’en finissent plus d’envahir nos vies.
Avec ses 9 millions de tonnes de CO₂ produits par ce rendez-vous, c’est un gouffre écologique et durable que le Disney du foot devrait offrir à la planète. Il en faudra en effet des avions pour assumer les milliers de kilomètres séparant Canada, Mexique et États-Unis Mais quand Diego Maradona dénonçait avec courage les comportements mafieux de la FIFA – organisatrice de la Coupe du monde –, c’est désormais un Palace verrouillé de l’intérieur par le servile Gianni Infantino, patron de la FIFA, aux ordres de Trump.
Avant même le début du tournoi, l’humanité d’un tel rendez-vous a montré ses premières limites et avec elles, la soumission des médias : Omar Artan, désigné meilleur arbitre africain, devait ainsi représenter fièrement la Somalie, son pays d’origine. C’est oublier que ce pays est « pourri » selon les propres termes utilisés par le nouveau Néron de la politique internationale, Donald Trump. Le passeport diplomatique de ce jeune arbitre venu de Somalie n’a pas suffi : retour immédiat au pays, et adieu la Coupe du monde.
La FIFA n’a pas bronché.
La liste des infamies jalonnant cette coupe du monde est déjà trop longue pour être fidèlement dressée. Je pense notamment à tous ceux – plusieurs dizaines de milliers -, Mexicains passionnés depuis toujours, et qui ne pourront approcher de leur sport favori, faute de moyens. À Mexico, les enseignants campent dans la rue, sous des tentes, et réclament des salaires décents. Mais la police est sur les dents. Au marché noir, qui fait tourner les têtes, les places se vendent désormais à hauteur de plusieurs milliers de dollars.
Enfin, il y a, cette maladie, sourde, menaçante et dont l’ombre portée s’épanouira sans doute au cours de ce Mondial : l’effacement progressif de toute réalité humaine dans ce jeu destiné au plus grand nombre. Eduardo Galeano, immense poète uruguayen, amoureux du football, regrettait dans son magnifique Ombre et Lumière : « Notre football, hélas, appartient à la télévision. »
C’est ainsi que plus de cinq milliards de téléspectateurs vont s’habituer progressivement à la victoire de l’image, ses publicités, au détriment du réel. Les pauses hydratantes ont commencé. L’escroquerie du spectacle offrira deux minutes supplémentaires de publicité. Les arbitres n’en finiront plus de mimer le geste du téléviseur afin de trouver une vérité qui n’existe pourtant que dans la vie des hommes. Le joueur remplacé aura l’obligation de courir afin de rejoindre son banc en moins de dix secondes. Les Jeux du cirque ont débuté. Et n’oublions jamais qu’ils sont déjà le laboratoire des Jeux autorisant le dopage. Alors nos rêves s’effaceront.
Au grand profit d’une réalité défigurée.
Non merci.
Retrouvez la chronique de Pierre-Louis Basse dans La Terre
Image by Gerd Altmann from Pixabay.



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