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Au cœur d'une région

Au café du Palais

« Vu du Béarn », la chronique d’Olivier Dartigolles.

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Dans la précédente chronique, j’avais pris date pour vous parler cette semaine du nouveau gouvernement. D’où que vienne Elisabeth Borne, elle va poursuivre une politique de droite avec un gouvernement qui n’est pas de gauche. Les élections législatives de juin, avec une majorité pour la nouvelle union populaire écologique et sociale, peuvent permettre de prendre un autre chemin, de bifurquer et d’agir pour les vies, l’écologie et la démocratie.

Les vies justement. J’ai retrouvé Pau en fin de semaine, après des débats télévisés où il a été quasiment impossible de quitter Grenoble. Comme chaque vendredi matin, installé en terrasse du bar du Palais, café et journaux :  la République des Pyrénées et Sud-Ouest, l’Humanité – avec un excellent comparatif entre les programmes législatifs de la Nupes et de la LRem- et La Croix, Le Figaro et Les Échos. Quand mon oreille est accrochée par les échanges à une table voisine.

Une famille est là. Deux parents, avec les stigmates qui marquent les existences rudes, et un adolescent. On devine qu’ils sont convoqués au Palais de justice tout proche. Le jeune commande un coca et deux croissants qu’il engloutit. Le père et la mère prennent un café. L’air est encore doux et plein d’une brume grise comme au début d’un « Maigret », rue Richard-Lenoir. 

Le père reproche à son fils de ne pas s’être rasé de près.

« C’est pour faire homme ! »

« N’importe quoi et recoiffe-toi un peu »

« Toi tu n’as pas ce problème » riposte l’ado au père dont le crâne n’est recouvert que d’un duvet.

« Tu seras pareil quand tu auras mon âge »

« Certainement pas. J’irai en Turquie pour me faire mettre des cheveux. C’est rien à faire ! Et puis avion aller-retour, hôtel, opération, ce n’est que 2000 euros et la bouffe est gratuite ».

Le visage de la mère, silencieuse, n’est que douleur et peur. Et, on le devine, ses pensées ne vont pas prioritairement sur les perspectives capillaires du fiston mais sur l’immédiateté du rendez-vous judiciaire. La justice du quotidien, celle dont il n’est presque jamais question, si bien retranscrite, ici à Pau,  par Daniel Corsand qui en saisit la densité humaine (1). La justice des gens de peu et qui sont le «rien » du monde macronien.  Et puis, ils se lèvent. Et traversent la place de la Libération qui mène au tribunal. Les parents derrière, le fils devant, un peu Tartarin, premier de cordée d’une affaire dont je ne connais rien. Victime ? Accusé ? J’ai presque hésité à les suivre en espérant une issue acceptable pour tous. 

D’un côté la politique, les poisons et délices de la tortueuse alchimie des « équilibres » dans la composition du gouvernement 1 de Macron 2. De l’autre, des vies cabossées ou totalement déchirées par les difficultés qui s’accumulent, qui usent les âmes et les corps. La recherche du sens. J’ai souvenir d’un excellent livre de François Miquet-Marty (2) avec le témoignage d’une personne qui exprimait les choses ainsi : « je pousse un cri mais personne ne l’entend ». 

L’enjeu décisif est ici. Que la politique puisse de nouveau apparaître comme une solution pour le plus grand nombre. Et qu’elle puisse « détruire la misère » comme l’affirmait Hugo. « Remarquez-le bien, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire ».


  1. Daniel Corsand, Croyez-moi j’ai menti, dialogues au Tribunal de Pau, Éditons Gascogne (2021). 
  2. François Miquet-Marty, Les nouvelles passions françaises. Réinventer la société et répondre à la crise, Michalon (2013). 

Image par mohamed Hassan de Pixabay.

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