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Fleur Breteau. « Nous sommes du côté de la vie »

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« Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! » En interpellant depuis les balcons de l’hémicycle celles et ceux des parlementaires qui votaient pour la loi Duplomb, Fleur Breteau, la fondatrice du collectif Cancer colère a fait éclater au grand jour le combat contre les pesticides et pour la santé. Elle réclame un moratoire européen sur les pesticides et la transformation du système agricole. Entretien réalisé par Fabrice Savel.

Revenons à ce jour, à cet instant, où la loi Duplomb a été adoptée par une majorité de députés. Dans un geste, un cri vital, vous avez donné un visage humain et politique à la maladie au cœur de l’Assemblée nationale…

Fleur Breteau : Je n’avais pas prévu de prendre la parole. Mais après avoir entendu dire « l’acétamipride n’est pas si toxique que ça », alors que l’on sait que c’est un néonicotinoïde particulièrement dangereux pour la santé humaine… Il fallait que je mette les parlementaires en face de leur responsabilité : Vous allez mettre en péril la santé de milliers de gens et d’enfants à naître pour faire de l’éthanol avec de la betterave à sucre !

C’était aussi extrêmement choquant d’entendre des soutiens à la loi Duplomb dire que le cancer fait partie de la vie humaine. Cela révèle leur manque d’arguments pour justifier les empoisonnements. Jusqu’à dire ces choses inaudibles pour les malades de cancers chroniques, des personnes qui à quarante ans vont vivre avec un cancer toute leur existence… Moi-même, j’ai eu deux diagnostics en trois ans. Je ne sais pas ce qui va m’arriver ensuite.

On fait face à un déni de réalité extrêmement grave. Et cela montre aussi un mépris total pour la vie des gens. D’ailleurs, quand Santé Publique France a déclaré « épidémie » le cancer, on n’a pas entendu un seul mot de la part du Président de la République, du Premier ministre ou du ministre de la Santé. Aucun ne s’est exprimé sur cette situation sanitaire qui touche tout le monde, même les jeunes, même les enfants.

Vous avez fondé le collectif Cancer colère afin de porter la parole des malades sur la place publique et dans le débat politique. Comment est venue cette initiative ? 

Fleur Breteau : Il s’agit d’opposer la parole des malades à ceux qui soutiennent les agro-industriels et les agrochimistes qui nous empoisonnent. C’est une envie irrépressible de prendre la parole, de reprendre force sur la politique, de participer à la vie publique, de ne plus laisser faire ces parlementaires qui de l’extrême droite à l’extrême centre ont soutenu la loi Duplomb et ce système qui nous rend malades.

Tout avait été fait pour concocter la loi Duplomb en petit comité et éviter le débat public. Car, pour les porteurs de cette loi, il était impossible de défendre publiquement les fermes usines, les méga bassines et la réintroduction de l’acétamipride. Ils n’ont aucun argument tenable. Il leur était donc indispensable de priver de débat démocratique cette loi complètement à rebours des enjeux actuels, à la fois pour les agriculteurs, pour l’environnement et notre santé.

Heureusement, la parole citoyenne, de malades mais aussi de professionnels, s’est faite entendre et il y a eu un élan extraordinaire de la société civile au sens large, jusqu’à l’ordre des médecins.

J’en tire un premier constat : la santé est un sujet très politique mais non partisan. Par-delà notre vote, par-delà nos opinions, personne n’a envie d’avoir un cancer, personne n’a envie qu’un proche tombe malade. Et derrière cette mobilisation, il n’y a pas que la peur de la maladie, il y a aussi l’idée qu’on ne veut plus de cette contamination généralisée. Très largement, les gens ont envie d’un monde vivant. Nous sommes du côté de la vie !

Depuis plusieurs mois, avec le collectif Cancer Colère nous avons partagé les paroles de très nombreuses personnes concernées par la maladie directement ou indirectement.

Au-delà de la colère et de l’inquiétude, il y a du désir pour un monde sain, respectueux du vivant, respectueux de notre santé. À commencer par celle des agricultrices et des agriculteurs malades qui ont rejoint Cancer colère. Avec eux, nous avons pris conscience que les agriculteurs et les ouvriers agricoles risquent leur vie au travail. Pour nous nourrir. Et en plus, pour nous nourrir avec une alimentation qui va aussi nous rendre malade. C’est une aberration totale. Pour Cancer colère, cette loi Duplomb est le symptôme d’un système complètement défaillant. Et, en étant malade, on a le sentiment d’incarner cette défaillance. Dès lors, notre parole est vitale.

Cette mobilisation citoyenne, de scientifiques, de médecins, de journalistes, de malades, de parlementaires, d’agriculteurs aussi, avec la pétition contre cette loi qui a recueilli plus de deux millions de signatures a remporté une première victoire. Ce combat n’en est pas pour autant terminé…

Fleur Breteau : Même si la loi a été promulguée, la censure de l’article sur l’acétamipride est une première victoire dans une lutte qui va être longue et féroce parce qu’on s’attaque à des intérêts économiques très puissants, représentés par des lobbies très forts, présents au gouvernement, qui ne vont pas lâcher l’affaire facilement. Mais il s’agit de notre santé, de la santé des enfants et d’enfants à naître, parce qu’en plus, les pesticides sont hyper toxiques dans les cas d’exposition in utero.

Il n’y a aucune autre explication au doublement des cancers depuis 1990. Les consommations de tabac et d’alcool sont en forte baisse et le nombre de cancer des infantiles et de jeunes est à la hausse… Ce n’est donc pas le vieillissement de la population qui explique l’augmentation du nombre de cas… Malheureusement, mathématiquement il n’y a pas d’autres explications que les causes environnementales.

Les pouvoirs publics doivent mettre des moyens considérables pour combattre cette épidémie de cancers qui explosent pour des raisons économiques et pour protéger les profits des agro-industriels et des agrochimistes.

Il y a une deuxième victoire avec la condamnation de l’État, le 3 septembre, par la Cour administrative d’appel de Paris à revoir ces protocoles d’autorisation de mise sur le marché des pesticides. Ainsi, même la justice se saisit des avis scientifiques pour rappeler à l’ordre les pouvoirs publics. L’étau se resserre.

C’est aussi pourquoi ce combat se durcit, car, en face, ils défendent leurs milliards d’euros de profits réalisés sur l’empoisonnement du vivant et des humains, en France, en Europe mais aussi dans les pays du Sud global.

Non seulement ils continuent de fabriquer des substances interdites en Europe, mais ils les expédient notamment dans les pays du Mercosur, comme au Brésil où des régions entières sont déclarées en urgence agrotoxique. Et ce sont des pratiques illégales.

Quelles solutions alors pour arrêter, partout, ce commerce mortel  ?

Fleur Breteau : On ne peut pas se réjouir que l’acétamipride soit interdite en France et les laisser le vendre ailleurs. On a une responsabilité pour porter ce combat au niveau européen. Il faudra que l’Europe se positionne sur ce sujet de manière très ferme. On ne pourra pas agir durablement sans une révision des protocoles au niveau européen et sans mettre au pas ces entreprises agro-chimiques, en majorité européennes, dont le business est l’empoisonnement ! Leurs activités doivent être réglementées très strictement.

Aujourd’hui il n’y a que la pression citoyenne qui permettra d’y arriver. C’est pourquoi, avec Cancer colère, nous exigeons un moratoire européen sur les pesticides et l’engagement d’une transformation profonde du système agricole productiviste avec un soutien massif des pouvoirs publics aux agriculteurs pour les accompagner dans cette transformation, les former, les aider techniquement, financièrement, sur dix ans, vingt ans – pour décontaminer les sols notamment – et pour certains annuler leurs dettes.

Les agriculteurs sont prisonniers de ce système. Depuis des décennies on leur dit de faire comme ça. Tout le système, des banques aux mutuelles, des commerciaux aux coopératives, est organisé pour les contraindre dans des pratiques qui nous empoisonnent et les exposent à de grands risques de maladie. Cette transformation indispensable est aussi, d’ailleurs, un vivier d’emploi.

Ensemble, citoyennes et citoyens, créons un rapport de force pour dire stop. C’est notre droit constitutionnel de décider de notre souveraineté alimentaire et nous allons faire respecter nos droits à la santé et à un environnement respectueux et sain.

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