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Faire front humain pour le vivant

Par Patrick Le Hyaric. Samedi 26 septembre sont organisées dans toutes les villes des marches pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale.

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Que valent les futiles querelles, alors qu’en s’éternisant, l’été dévoile, encore plus crûment, le visage cruel d’un ordre politique à bout de souffle ? Un système en bout de course qui, pour retarder sa propre chute, est désormais prêt à précipiter l’humanité dans un gouffre. Cette cohérence du capitalisme, en pleine métamorphose, est aussi violente qu’implacable, porteuse d’une tragique irréversibilité.

Voici ce que dissimulent soigneusement les flots de la souffreteuse rhétorique gouvernementale et patronale, gorgée de phrases cuisinées dans les confortables cabinets ministériels, les fumeuses et vaines commissions, et la mise en scène de convocations présidentielles.

Ainsi, pour faire oublier les morts quotidiens au travail et les 8000 décès dus aux canicules, ils ouvrent la chasse aux « arrêts maladie ». Ils entretiennent un jargon abscons autour d’une dette que le système engendre lui-même, à seule fin de nous assujettir à sa propre faillite. En revanche, la gravité de la dette écologique est entourée d’un silence de plomb.

Les dominants, drapés dans leur autosatisfaction perpétuelle, ne laissent rien au hasard : leur unique dessein est de détourner les regards, d’atomiser les solidarités et d’instrumentaliser les effrois. Cette peur, devenue leur plus fidèle auxiliaire, transforme l’extrême droite en une assurance-vie de l’ordre établi.

Or, l’engrenage enclenché par le capitalisme, ses mandataires et ses serviteurs aux mains invisibles et souillées, conduit l’humanité vers le néant. Nous vivons sous le joug d’une économie inféodée au carbone, tributaire de la combustion du pétrole et du gaz. Celle-ci accélère et amplifie sans relâche la captation des revenus du travail et des retraites au profit exclusif des géants de l’énergie. Ces dernières semaines, les huit multinationales régissant l’or noir — de Saudi Aramco à Total, en passant par ExxonMobil, Chevron, Shell et BP — ont engrangé 93 milliards de dollars de profit. Ce sont les automobilistes, les paysans, les infirmières, les camionneurs et les foyers qui se chauffent au fioul qui alimentent leur butin. On mesure ici la nécessité pour les populations de devenir les propriétaires publics de la firme Total.

Dans cette logique mortifère, chaque détonation de bombes américaines en Orient sonne telle une aubaine financière pour ces firmes, tandis que se déchire, sous l’effet de leur démesure, le voile protecteur de notre atmosphère.

C’est cette même économie qui détraque les cycles du climat et mutile, pas à pas, le vivant humain et non humain.

Pendant que les empires de l’or noir s’apprêtent à doubler leurs dividendes, la froideur des statistiques révèle qu’en France, la seule canicule estivale a emporté huit mille existences. À l’échelle du globe, l’Organisation mondiale de la santé estime désormais à près d’un demi-million le nombre de décès annuels imputables aux chaleurs extrêmes. Ce bilan effroyable montre que les bouleversements climatiques tuent aujourd’hui aussi sûrement, mais plus silencieusement, que les armes, si l’on en croit les données de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo. Au cœur de ce cercle de la destruction se niche une vérité géopolitique majeure : les rivalités inter capitalistes pour les dernières ressources fossiles ne font qu’attiser les brasiers militaires à travers le monde.

Cette prédation généralisée pille la biodiversité et hypothèque, à court terme, la subsistance et la soif des peuples. Les mois à venir pourraient être le théâtre d’une recrudescence spectaculaire de la famine et d’un exode de populations condamnées à des migrations de pure survie. Loin de s’en émouvoir, la soif d’accumulation du capital financier pousse le système à étendre toujours plus loin ses frontières d’exploitation. Humains, nature, forêts, océans, entrailles de la Terre, tout est méthodiquement sacrifié pour alimenter les industries numérique et militaire, érigées en idoles de la croissance capitaliste. Cette course au surarmement, où l’atome fusionne désormais avec le virtuel et l’intelligence artificielle, place entre les mains d’une oligarchie technologique, un potentiel d’anéantissement inédit dans l’histoire planétaire.

Face à ce vertige, je rêve d’un grand front démocratique et humain pour le vivant. Un rempart fraternel qui se donnerait pour mission d’enrayer l’irréversible : cette tragique convergence du chaos climatique, de l’effondrement de la biodiversité, du péril atomique et des manipulations de la nature comme de l’intelligence artificielle.

Les marches de ce samedi 26 septembre prochain pour le climat, la paix et la justice sociale et fiscale peuvent être les prémices d’un tel sursaut populaire, unitaire répondant à l’appel du vivant*. Elles ont le pouvoir d’amorcer un mouvement général, d’initier une cohérence nouvelle capable d’inverser la course à l’abîme.

L’urgence environnementale ne peut plus être disjointe des brutales tectoniques des plaques de la géopolitique mondiale. L’invasion de l’Ukraine, le génocide à Gaza, l’annexion-colonisation de la Palestine, les ingérences en Amérique latine, les tensions en mer de Chine, les coups d’État et les guerres coloniales pour les matières premières en Afrique, tout cela dessine les contours d’un désordre systémique. En miroir, le chaos climatique exacerbe les inégalités, creuse les pénuries et universalise l’insécurité humaine. Les crises se nourrissent les unes des autres dans une spirale infernale. Il y a urgence à faire entendre partout les voix de la paix pour obliger le pouvoir et l’Union européenne à placer la diplomatie de paix en haut de l’escalier des grandes préoccupations pour construire un indispensable monde commun, humain.

Il nous faut donc subvertir les indigents débats actuels autour des déficits budgétaires que tentent d’imposer le pouvoir et l’ensemble des forces politiques droitisées, à l’exception de celles qui portent l’exigence d’une rupture progressiste.

Il est faux de prétendre que le pays est ruiné, comme le ressassent les perroquets bariolés du macronisme agonisant, des droites en déroute et d’une extrême droite aux dents acérées qui s’organisent pour un covoiturage politique écrasant les familles populaires.

Chaque année, la puissance créatrice des véritables productrices et producteurs génère 3 000 milliards d’euros de richesses réelles.

Dès lors, quel est le choix ? Le grand capital lucratif ou l’humanité ?

Choisit-on d’abonder le Fonds vert pour le climat ou d’allouer des milliards supplémentaires à la destructrice fureur des armements ?

Accepte-t-on que les mastodontes du pétrole engrangent 180 000 dollars de bénéfices nets par minute, ou décidons-nous d’imposer une taxation de salut public sur ces superprofits, ainsi que sur ceux d’une industrie de défense mondiale dont les gains culminent à 700 milliards de dollars ? Un tel prélèvement, même minime, abonderait les comptes du budget national de 20 à 25 milliards d’euros.

Accepte-t-on que l’État mutile les budgets sociaux tout en laissant les parasites de la finance piller les recettes publiques par le jeu d’intérêts usuriers qui dépassent désormais le budget de l’Éducation nationale ?

Le capital ou le progrès social et climatique : telle est l’alternative historique.

La question principale n’est pas celle d’une dette que les gouvernements ont sciemment creusée pour justifier l’asphyxie du monde du travail des villes et des campagnes. La gravité du siècle exige tout au contraire d’immenses investissements et une vision séculaire pour conjurer les désastres.

Certes, nous sommes loin des diatribes de politiciens à courte vue, gestionnaires de l’instant, qui sacrifient l’avenir des générations futures sur l’autel de la haute finance, de la préservation du capitalisme et aussi de leurs petites ambitions élyséennes.

Une vie meilleure pour nos enfants et petits-enfants exige de mener sans attendre le combat pour la maîtrise sociale, citoyenne et publique de la production et de la monnaie avec la propriété sociale et publique des banques, le renforcement et la démocratisation des services publics et l’arrêt de l’escalade militariste au profit d’une diplomatie de paix. Elle exige la souveraineté des productrices et des producteurs sur la richesse qu’ils créent de leurs mains et de leurs esprits.

Les convulsions du capitalisme le rendent plus dangereux que jamais. L’immense majorité de notre peuple a un intérêt vital à le dépasser pour redevenir souveraine de son destin. Il y a urgence à penser notre avenir anthropologique et écologique, à réinventer notre manière de cohabiter — entre humains, comme avec tout le tissu vivant du monde — et à couver ce monde commun qui ne demande qu’à éclore.

Que les marches de ce samedi soient l’amorce de ce grand dialogue et le ciment d’une union populaire sociale et écologique autour de l’essentiel : la vie.

Patrick Le Hyaric


* L’appel du vivant ; entre braises et germes (chronique de l’été 2026) est le titre de mon nouveau livre en vente chez les marchands de journaux, dans les librairies et sur la boutique de L’Humanité et de La Terre a compté de ce mercredi 23 septembre.


** Samedi 26 septembre sont organisées dans toutes les villes des marches pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale : https://26septembre.org/

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