Par Léa Lugassy, Directrice scientifique & technique chez Pour une Agriculture Du Vivant.
L’alerte des médecins libéraux lancée en juin 2025 était passée relativement inaperçue des médias et du grand public. Ce 25 mars 2026, la publication du rapport de l’Anses aura au moins eu le mérite de faire les gros titres et de mettre en lumière la surexposition inquiétante des Français au cadmium. Le sujet contient tous les éléments d’un scandale sanitaire en bonne et due forme : une exposition massive de la population, aux risques avérés sur la santé, sans qu’aucune mesure de protection n’ait été prise malgré les alertes des autorités de santé. Chacun de nous se retrouve donc à envisager le contenu de ses placards avec un œil de suspicion, d’autant plus démuni que même le label AB n’est pas exempt de contamination.
Rappelons que le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans l’environnement, et que l’on retrouve à des concentrations potentiellement importantes dans les roches utilisées pour la fabrication d’engrais phosphatés. S’il est aujourd’hui si problématique en France, c’est parce que le gouvernement français a ignoré depuis des années la recommandation de l’Anses de réduire la teneur maximale en cadmium de 90 à 20 mg par kg d’engrais phosphatés, une recommandation pourtant clairement formulée depuis 2019. Le gouvernement a tellement joué la carte de l’immobilisme qu’au printemps 2026, il n’avait toujours pas transposé dans le droit français le règlement européen adopté en 2023, qui abaissait cette teneur maximale à 60 mg/kg, un premier pas vers la volonté affiché par l’Europe de se diriger vers un seuil à 20 mg/kg en 2034. Cette lenteur ne serait, d’après les communications des services de l’État, nullement due à un manque de considération pour le sujet, mais à une volonté de ne pas précipiter les choses vis-à-vis du monde agricole afin de trouver des « solutions pérennes ».

Ces solutions existent pourtant largement et sont notamment appliquées par les pays européens ayant déjà abaissé fortement leur seuil de tolérance vis-à-vis du cadmium (20 mg/kg dans la plupart des pays d’Europe du Nord et certains pays d’Europe de l’Est). La première d’entre elles est d’utiliser des engrais beaucoup moins chargés en cadmium, soit en changeant de source d’approvisionnement en engrais phosphatés pour se tourner vers des pays dont le phosphore est naturellement peu chargé en cadmium (c’est le cas de la Finlande par exemple), soit en achetant du phosphore dont la teneur en cadmium a été diminuée par des procédés chimiques ou physiques. Ces procédés ne sont pas nouveaux, mais ils ont un coût qui se répercute sur le prix final des engrais, plus chers de 10 à 30 %, et que les agriculteurs ne devraient pas porter seuls.
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