Contribution du Réseau Action Climat, Ronan Groussier, responsable agriculture
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences sur les prix de l’alimentation, doit-on s’attendre à une nouvelle crise alimentaire avec le conflit déclenché par Israël et les Etats-Unis au Moyen-Orient ? Cette guerre témoigne une fois de plus de la remise en cause du droit international, et s’accompagne de graves violations des droits humains. Elle entraîne également un choc énergétique majeur, mais aussi alimentaire, l’envolée des prix des engrais azotés jouant le rôle de courroie de transmission.
Un prix des engrais minéraux dépendant du gaz
Le conflit provoque une réduction subite de l’offre d’engrais disponible sur le marché mondial et une hausse de leur coût de production. Du fait de l’abondance de leurs réserves en gaz, les pays du golfe sont d’importants producteurs et exportateurs d’engrais azotés. A ce titre, près d’un tiers du commerce mondial d’engrais azotés transite par le détroit d’Ormuz actuellement bloqué. Outre les exportations d’engrais, la situation actuelle restreint également fortement les exportations gazières de ces pays. Le Qatar a par exemple dû interrompre la production de gaz naturel liquéfié (GNL). Au total, environ 20% du GNL transite par le détroit d’Ormuz. Or, certains pays grands producteurs d’engrais azotés, comme l’Inde et l’Egypte, dépendent de ces flux de GNL et risquent dès lors de réduire leur production. Enfin, la réduction des exportations gazières provoque une flambée des cours mondiaux du gaz de plus de 65% trois semaines après le déclenchement du conflit.
Étant donné la prééminence du gaz dans leurs coûts de production et le fonctionnement en flux tendu du marché des engrais azotés, cette réduction de l’offre et l’envolée du prix du gaz font grimper en flèche leur cours. La tonne d’urée est ainsi passé de 450 à près de 700 dollars en deux semaines (cf graph). Or, ce conflit arrive à un moment critique du point de vue du cycle agricole. : les cargaisons d’engrais doivent quitter le Golfe pour rejoindre les principales zones agricoles du monde pour les semis de printemps.
L’inflation alimentaire pourrait repartir si le conflit se poursuit
Pour les agriculteurs le coup est rude, doublement impactés par la hausse combinée du coût des engrais, pour fertiliser les cultures, et de l’énergie, renchérissant l’usage des machines agricoles. Cela pourrait inciter certains producteurs, notamment céréaliers déjà en difficulté depuis 2 ans, à revoir leurs plans (réduction de l’usage d’engrais, report vers des cultures moins gourmandes) avec une potentielle baisse des récoltes. La hausse directe des coûts de production et la potentielle baisse des récoltes, devraient à terme engendrer une hausse des prix, avec un risque de reprise de l’inflation des produits alimentaires. A cela risquent de s’ajouter une hausse des coûts de transformation des matières premières agricoles, avec des industries grandes consommatrices de gaz (par exemple pour le séchage des céréales), et des coûts du fret maritime avec une explosion des coûts d’assurance et l’allongement des routes parcourues.



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