Par Patrick Le Hyaric
La guerre, c’est l’horreur absolue, l’anti-humanisme incarné avec ses bombes qui ne laissent au sol que des cratères de sang et de larmes, de souffrances et d’amputations, de destruction et de saccage de la nature.
Il faut en sortir. Et vite !
Les plans de paix présentés par la Chine et le Pakistan doivent servir de base à une mobilisation diplomatique et politique au Moyen-Orient. Une initiative internationale pour un projet de sécurité commune et de paix durable doit être portée par les institutions européennes et les peuples pour ouvrir les chemins de paix en Ukraine. Les peuples Ukrainien et Russe ont déjà trop souffert et le feu au Moyen-Orient menace de tout engloutir. Qu’un puissant mouvement pour la paix et pour un monde commun fleurisse ! C’est urgent !
Ces guerres s’imposent désormais dans chaque foyer populaire du monde. Elles sont mondialisées.
Les effets de la crise énergétique prennent déjà une douloureuse ampleur.
Le choc alimentaire mondial qui vient risque d’être ravageur.
L’un des aspects de la réplique iranienne au déclenchement de l’injustifiable guerre américano-israélienne sans aucun mandat de l’Organisation des Nations-Unies avec la fermeture du détroit d’Ormuz a des conséquences sur les prix et l’approvisionnement énergétique.
Elle en aura encore plus et de manière plus durable sur les enjeux agricoles et alimentaires.
Par ce détroit, transite aujourd’hui un tiers du commerce mondial des engrais, un cinquième du pétrole et du gaz. Il est devenu le cœur névralgique de l’organisation capitaliste de la chaîne économique mondiale sous domination des énergies carbonées et des fonds financiers. Il agit dans cette période exacerbée de guerre économique et militaire comme un multiplicateur de coûts au service de quelque puissantes transnationales mondiales.
Le renchérissement du gaz, du fret maritime, des assurances, et l’allongement des délais logistiques attisent des augmentations du prix des engrais, notamment des engrais azotés produits essentiellement dans les pays du Golfe.
Le modèle de production agricole sous injonction du capitalisme mondialisé, faisant de la nourriture une marchandise à haute valeur d’échanges sur les marchés internationaux aboutit à la fois à faire jouer aux engrais chimiques un rôle central dans la production, conditionnant des rendements sous pression productiviste, tout en reliant directement la production agricole au prix de l’énergie, aux flux internationaux du fret maritime, aux marchés financiers. Ainsi, la dépendance à l’azote chimique devient une intersection névralgique entre la géopolitique mondiale, la production de nourriture et une hausse durable des prix alimentaires.
Le prix du gazole agricole flambe alors qu’il représente entre 5 à 10 % des coûts de production, tandis que les engrais représentent 10 à 20 % de ces coûts. Les prix de l’urée*, considérée comme un engrais de haute qualité – dont l’Iran est le quatrième exportateur mondial – à partir du gaz naturel, deviennent inaccessibles. Les paysans du monde entier entrent dans une nouvelle période de crise aggravée avec la baisse prévisible de leurs rémunérations, engendrant de nouveaux endettements et sans doute de nouvelles fermetures d’exploitations agricoles, imposant un recul de l’agriculture nourricière alors que menace de nouvelles famines.
L’horreur de la guerre mondialisée, sous l’impulsion de la brutalité de l’impérialisme et du capitalisme, révèle une absurde cohérence contre la sécurité humaine.
La guerre pour le pétrole et le changement climatique – précisément induit par ce même pétrole – peuvent rapidement accoucher d’un puissant choc d’insécurité alimentaire mondiale. Laquelle insécurité devenant elle-même facteur de nouveaux conflits et de guerre. C’est donc bien un système politique et économique qui nous pousse aujourd’hui au bord de l’abîme.
Un gravissime enjeu de civilisation se dresse devant chaque être humain. Telle est la hauteur de l’enjeu au-delà même d’un projet de changement de politique et de pouvoir.
Quand la civilisation vacille à ce point, le grand combat pour la paix et la construction d’un monde commun appellent à travailler à un processus visant à dépasser le capitalisme pour l’abolir.
L’expérience hurle d’une stridente alerte : la recherche, coûte que coûte, d’un taux de profit maximum de quelques grandes firmes capitalistes multinationales a conduit à ne retenir aucun enseignement de la crise financière de 2008, ni des effets de la pandémie de Covid. Celles-ci avaient pourtant montré à quel point l’interdépendance des chaînes de valeur était préjudiciable à l’efficacité économique, écologique, sociale et, au bout du compte, à la sécurité humaine.
Cette interdépendance constitue aujourd’hui un risque pour la sécurité énergétique et alimentaire mondiale. En effet, continuer à rendre dépendants les systèmes agricoles et alimentaires aux apports d’engrais et d’énergies fossiles porte à la fois le risque d’augmentations considérables des prix alimentaires sur une longue durée, car les prix des engrais qui augmentent aujourd’hui auront des conséquences au moins sur deux récoltes. Ailleurs, on assistera à des pénuries alimentaires. Le blocage dans le détroit d’Ormuz de cargaisons de blé, de maïs, de soja à destination de Téhéran et d’autres pays du Golfe porte un grand risque de nouvelles pénuries de nourriture et de famines dans ces pays.
Les agricultures émergentes, notamment en Afrique rendue dépendantes des engrais azotés, seront fragilisées entraînant l’affaiblissement de leur souveraineté alimentaire.
Les populations des grandes mégalopoles de l’Afrique subsaharienne, dont la nourriture est importée, vont voir les prix flamber avec de lourdes conséquences politiques. En effet, les populations de ces pays ne pourront accepter la progression des privations et de la famine qui pourrait toucher à court terme plus de 50 millions de personnes supplémentaires à travers le monde alors que les paysans-travailleurs seront plongés dans des difficultés encore plus grandes.
Le niveau de dépendance directe à l’urée produite dans le golfe Persique renforce la possibilité d’une catastrophe alimentaire : 67 % pour l’Afrique du Sud. ; 71 % pour la Thaïlande. ; 41 % pour l’Inde ; 35 % pour le Brésil.
La Chine où vit 20% de la population mondiale, avec seulement 7% des terres cultivables de la planète peut être rapidement placée en situation alimentaire à risque.
Et, les producteurs agricoles des États-Unis ne manqueront pas de se désolidariser de Trump pour qui ils ont majoritairement voté.
Les mécanismes de l’aide internationale sont déjà sous tension. Les guerres et la crise des réfugiés qu’elles engendrent touchent déjà 3,2 millions d’Iraniens et un million de « déplacés » au Liban, dans d’incommensurables souffrances humaines, sanitaires et d’accès à la nourriture. Il convient d’y ajouter l’accès à l’eau potable, dès lors que dans les répliques militaires l’Iran bombarde des structures de désalinisation de l’eau de mer, notamment au Qatar. Le Programme alimentaire mondial a été contraint ces derniers jours de réduire toutes les rations alimentaires pour les populations touchées par la famine au Soudan, et ne peut aider qu’un quart des enfants malnutris en Afghanistan.
Voilà le froid visage de l’anti-humanisme. Voilà l’insupportable de la guerre : Elle massacre et tue avec les bombes. Puis elle poursuit sa sale œuvre en soumettant les peuples, en produisant des famines.
Mais voilà aussi révélées les faiblesses, les failles, du modèle capitaliste de production agricole et alimentaire où les paysans-travailleurs comme les consommateurs sont enserrés dans une chaîne mondiale de production où s’imbriquent les grandes sociétés transnationales de l’énergie carbonée, de la chimie, du transport maritime et des fonds financiers, des assurances et des banques relié aux bourses mondiales qui décident des prix des matières premières agricoles.
C’est pour ces conglomérats qu’ont été détruits les systèmes de régulation mondiale à l’Organisation mondiale du commerce, du Fonds monétaire international et que sont promus des traités de libre-échange alors que les États-Unis imposent leur nationalisme. Ce système qui détruit les souverainetés agricoles et alimentaires, lamine les petites et moyennes fermes, organise l’endettement pour rassasier les institutions financières telles les banques, les assurances et les fonds financiers, tout en organisant la production de nourritures dont de plus en plus d’études montrent qu’elles ne garantissent plus la sécurité sanitaire.
Les outils de stockage européens, comme les réserves de sécurité mondiale, ont été démantelés pour laisser libre cours à la fameuse « main invisible du marché » qui détermine le prix de la nourriture. De même, la spécialisation renforcée des marchés agricoles dans certaines régions du monde avec les monocultures, la dépendance aux énergies fossiles et aux intrants de synthèse comme les engrais, l’insertion dans un commerce international dominé par quelques grands groupes de transports maritimes ne peut qu’aboutir à une catastrophe pour les travailleurs-paysans comme pour les consommatrices et consommateurs et à l’amplification des changements climatiques et des atteintes à la biodiversité.
La sécurité humaine appelle à changer de modèle. A changer de système. C’est possible immédiatement.
Il est possible de capter l’azote de l’air avec des cultures de légumineuses riches en protéines. Nous n’avons cessé depuis des décennies de réclamer la mise en place d’un plan européen de production de protéines contre l’importation de soja américain et brésilien. Au lieu de la monoculture et les spécialisations régionales, il est plus efficace de soutenir des fermes combinant élevage, source d’engrais naturel et cultures végétales. Les groupes capitalistes s’y opposent car cela réduirait leur commerce et la mise sous leur dépendance des paysans.
Le combat pour la paix, incluant celui du rejet du concept de « l’arme alimentaire », ne peut donc avancer qu’avec ceux de la justice sociale, la démocratie et la sécurité humaine globale.
Il appelle à sortir des logiques de concurrence prétendument libre et non faussée qui n’est que la déclinaison de la guerre de tous contre tous, en faveur d’un nouveau modèle agricole, alimentaire et énergétique à partir des lieux de vie, des savoir-faire paysans, du respect de la biodiversité et du climat.
Ce projet tourne le dos à la dépendance aux énergies carbonées pour valoriser tout autant la vie des sols, le respect des animaux que celui des êtres humains et de l’ensemble du vivant.
Le travail paysan y serait valorisé et libéré d’un système d’endettement à vie qui en fait un travailleur exploité réduit au rôle d’extracteurs de matières premières mis en concurrence avec toujours plus puissant que lui sur les marchés internationaux.
Amélioration de la condition de vie paysanne, sécurité alimentaire, vie rurale, biodiversité, respect des orientations des conférences pour le climat avec la réduction des énergies carbonées, qualité alimentaire et santé humaine comme animale constituent un même combat.
Il appelle à porter des systèmes alimentaires agro-écologiques, diversifiés, de haute qualité sanitaire et gustative, ancrés dans les territoires.
Un tel processus, déjà en réflexion et en expérimentation, doit aller de pair avec la mise en place d’outils de régulation dans le cadre d’un nouveau type de coopération internationale – basé sur l’échange équitable – avec les paysans des autres continents, susceptibles de fournir des aliments que nous ne pouvons pas produire sur nos sols.
L’expérimentation de conseils citoyens de territoires – associant paysans –travailleurs, consommateurs, chercheurs élus – déterminant les besoins alimentaires desquels découleraient les productions locales, les manières de produire combinant élevage et culture herbagère, céréalière, protéique ou forestière et les coopérations internationales nécessaires aux approvisionnements complémentaires indispensables et respectueuses des agricultures nourricières. Ainsi, le combat pour la paix doit s’accompagner d’un processus d’élaboration de la démocratie alimentaire, d’un droit à l’alimentation pour chaque être humain.
C’est déjà ce qui s’expérimente et se réfléchit avec le projet en gestation de mise en sécurité sociale de la production agro-écologique et du droit réel à l’alimentation pour toutes et tous. Un projet innovant de paix, de prospérité et de démocratie dans nos assiettes.
* L’urée est un engrais possédant un principe actif facilitant la pénétration de l’azote au sein de la plante.



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