À l’heure du trumpisme déchaîné, organisant le rapt du président vénézuélien, menaçant de s’emparer du Groenland de gré ou de force, agitant l’arme des droits de douane, on veut nous faire croire que le traité de libre-échange MERCOSUR donne « une force géopolitique « à l’Union européenne.
Le cercle des dominants et des possédants tente de le grimer en un acte de résistance aux velléités de l’administration américaine. Leur cynisme n’a donc aucune limite : ce traité – commercial – est en discussion depuis plus d’un quart de siècle, donc bien avant l’avènement de Trump.
Il s’agit pour eux de faire taire, par tous les moyens, les résistances à un texte aggravant encore les insécurités sanitaires, environnementales et sociales.
Le concept de libre-échange et de « marché ouvert » a peu à voir avec la diplomatie ou avec la coopération entre les nations et les peuples, mais tout à voir avec les affaires. Avec ce traité, il s’agit de lâcher la bride aux grandes sociétés transnationales afin qu’elles exploitent sans limites les hommes et la nature, là où le taux de profit sera le plus élevé, dans le cadre d’une guerre économique sans merci dont les fantassins sont les travailleurs de la terre, des usines et des bureaux, des deux côtés de l’Atlantique.
Avec le Mercosur, il n’y a en effet que des perdants parmi les travailleurs au Brésil comme en Pologne, en France comme en Argentine.
En effet, ce ne sont ni les peuples ni même le gouvernement brésilien qui vont vendre les pièces de bœuf que les consommateurs européens vont trouver dans les plats cuisinés, mais des firmes capitalistes brésiliennes, américaines ou européennes qui exporteront ce bœuf aux hormones, gavés d’un soja OGM cultivé sur la destruction d’immenses surfaces de forêt amazonienne.
Toutes les familles populaires en subiront les conséquences avec l’insécurité sanitaire et écologique qui en découle. Et, ce genre de traité a des conséquences concrètes sur le « pouvoir de vivre » de l’immense majorité. La « concurrence libre » à laquelle se livrent les possédants aboutit toujours à l’abaissement des normes sociales et environnementales, des salaires et des prix agricoles à la production. C’est ce que cache le mot « compétitivité ». Celle-ci aboutit à la réduction des cotisations sociales qui conduit les gouvernements à compresser le niveau des prestations sociales, des remboursements de soins, des pensions et à reculer l’âge de départ en retraite.
C’est parce que l’Union européenne n’est conçue que comme un marché ouvert à tous les vents, livrés aux volontés des sociétés transnationales et du capital financier qu’elle est faible, peu écoutée, peu respectée et sa souveraineté bafouée, de plus en plus contestée par les peuples qui la composent. Il ne peut en être autrement quand la présidente de la Commission européenne va signer le traité MERCOSUR sans que le Parlement européen – pourtant co-législateur- ne se soit prononcé.
Jamais n’est produit de bilan de ce libéralisme débridé. Pourtant, la création du marché unique en 1992, l’adoption du programme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1994, le traité de Lisbonne imposé en 2005, la signature de 40 traités de « libre-échanges » ont conduit au fiasco industriel, agricole, numérique, social que nous subissons aujourd’hui.
Chacun de ces accords devait, -selon ses promoteurs – promouvoir la croissance et la prospérité des peuples. Résultat ! En vingt ans, l’Europe n’a gagné ni en croissance, ni en indépendance, ni en influence. Toutes les études publiées ces dernières années et les rapports de M. Draghi et d’E. Letta alertent sur le décrochage par rapport aux États-Unis et à la Chine, tandis que la pauvreté ne cesse d’augmenter. Et l’Europe est quasiment absente des technologies du futur – énergies renouvelables, numériques, intelligence artificielle, télécommunications, espace.
La réduction des tarifs douaniers, l’abaissement des barrières sanitaires, environnementales n’ont pour objectif que de faciliter la libre circulation du capital, des marchandises et des services, pressurant toujours plus le travail et provoquant l’augmentation des températures sur la planète.
Loin des indispensables coopérations à construire avec les nations et peuples d’Amérique Latine, le traité de libre-échange alimentera encore plus la guerre commerciale au détriment des travailleurs et de l’environnement, là où la Chine par ses achats de produits agricoles et de matières premières a permis de consolider le socle des économies des pays du sous-continent américain. Elle y est la première fournisseuse d’équipements industriels et de produits manufacturés, tandis que la stratégie de D. Trump, au-delà du Venezuela, est de tenter de forcer les Chinois à quitter les lieux.
Faire croire qu’en s’inscrivant au centre de cette lutte en utilisant la magie des tarifs douaniers donneraient de la force « géopolitique » à l’Union européenne est une mortelle illusion.
Faut-il pour cela sacrifier une partie importante de nos travailleurs-paysans, détruire encore notre tissu rural, saccager la terre et l’eau, compresser encore l’emploi dans les secteurs agroalimentaires, manger de la viande aux hormones, déréguler l’utilisation de pesticides, supporter les modifications climatiques, alors que la Commission européenne elle-même ne projette qu’un taux de croissance de seulement 1 % en dix ans ? Non !
Le Parlement européen se mettrait au service de l’intérêt général s’il décidait mercredi prochain de déférer le texte devant la cour européenne de justice tout en proposant un projet de coopération pour le développement humain, la préservation de l’environnement, des co-investissements communs pour de nouvelles industrialisations compatibles avec la préservation du climat et de la biodiversité.
Du même pas, il est nécessaire d’élargir les liens avec les paysanneries et les salariés et leurs associations d’Inde, des Philippines, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Australie et des Émirats arabes unis pour bâtir d’autres projets que les traités de libre-échange en discussions avec leurs États.
Au nom de l’intérêt général, humain et environnemental, les organisations progressistes européennes doivent s’attacher à nouer des dialogues et des alliances pour des actions communes avec les citoyennes et citoyens des pays du Sud afin de peser en faveur d’un nouveau type de développement humain durable, de la justice, de la liberté, la fin de la corruption, comme le demande les classes ouvrières et les jeunesses de la génération Z.
À nous ici, d’agir pour que l’Union européenne ouvre, sur de nouvelles bases, des dialogues novateurs pour le maintien des aides au développement, d’authentiques coopérations avec les pays du Sud, pour refonder le multilatéralisme, pour faire progresser la paix et le combat contre les dérèglements climatiques en lien avec l’Organisation des Nations unies.
C’est à ce prix que la voix d’une Nouvelle Europe sociale, démocratique, écologique, actrice de coopérations au service des peuples et de la paix, ne s’éteindra pas. Dans ces conditions, oui, elle pourrait jouer un rôle positif.




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