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Rencontre avec Christophe Gabert :
"C’est à l’Etat de protéger les troupeaux"
Christophe Gabert, double actif en Isère, est un farouche opposant au Loup. Passionné par le sujet, il visite des alpages et tient régulièrement des stands d’informations concernant le loup sur les foires et marchés. Selon lui, si les bergers doivent pouvoir défendre leurs troupeaux, c’est avant tout à l’Etat de prendre des mesures.
La Terre : Comment est-ce que vous vous êtes intéressé à la question du loup ? Christophe Gabert :
j’ai été uniquement agriculteur pendant 10 ans et aujourd’hui je suis double actif. J’ai fais six mois de stage à proximité d’Allevard, là ou il y a eu le premier troupeau attaqué en Isère, et depuis je m’y intéresse. J’ai un troupeau de chèvres laitières, en transformation et vente directe. Mon voisin a eu des attaques, le loup rodait à coté de mon troupeau. Alors pendant trois ans, j’ai gardé mon troupeau jour et nuit quand il était dehors, et au bout d’un moment, il y a quelque chose qui vous fait réfléchir, j’appelle ça un accident de la vie. Pour moi ça a été un coup de tronçonneuse à une jambe, je me suis dit que ma vie valait plus que mon travail. Apres je me suis beaucoup plus investi dans les associations, le Grand charnier, l’Association des éleveurs et bergers Drôme-Isère, et je préside aussi la Fédération des acteurs ruraux. Y’a-t-il plus d’attaques de loups cette année que d’habitude ? La zone de présence du loup s’agrandit d’année en année. L’année dernière, on a déjà eu une prédation record, et cette année on est déjà en avance de 25% sur le nombre de constat d’attaques réalisées. Le loup est présent dans tous les départements des Alpes mais aussi le Jura, les Vosges, la Lozère, le Cantal, le Puy-de-Dôme, et d’après les infos que j’ai sur le terrain, l’ensemble de la chaine pyrénéenne depuis cette année. Pour un éleveur, qu’est ce que ça fait de retrouver des animaux morts ? C’est le désespoir. C’est d’autant plus le désespoir qu’on ne le voit pas faire, donc on ne sait pas comment le gérer. Si on se met à garder le troupeau 20 heures sur 24, il attend le moment où on n’est pas là pour venir. La semaine dernière, à la grande cabane, dans le Vercors, les attaques ont eu lieu pendant les heures de chôme, samedi après-midi. Ce sont des horaires où d’habitude le loup n’attaque pas, mais il s’adapte. Parlons des mesures de protections. Les Patous sont-ils efficaces ? Non, les Patous n’ont jamais empêché les attaques, ceux qui en ont sont autant attaqués que ceux qui n’en ont pas. Des loups viennent attirer les Patous d’un côté pendant que les autres loups attaquent de l’autre côté. Ca n’aide pas, par contre ça à un objectif pervers qui est de désociabiliser les bergers pour les rejeter et qu’ils abandonnent le territoire. C’est dangereux pour les promeneurs qui, malgré les nombreux panneaux d’informations, ne respectent souvent pas les règles de sécurité. On parle également de parcs électrifiés. Les bêtes piétinent toujours au même endroit, cela favorise les maladies et entraine des soins supplémentaires pour le berger. Les heures en parc sont des heures ou le troupeau ne mange pas, or les éleveurs du sud viennent dans le Vercors parce qu’ils n’y a pas besoin d’eau, garce à la rosée. Mais pour ça les bêtes doivent manger jusqu’à très tard le soir et très tôt le matin. Et surtout, rien n’empêche un loup de sauter à l’intérieur d’un parc, ses capacités athlétiques sont nettement au dessus des 1m20 d’un filet de clôture électrique. Y’a-t-il d’autres mesures de protections envisageables ? Les cerbères et les stroboscopes ne servent à rien car les loups s’habituent. On parle d’ânes, de lamas ou d’alpaguas, mais le moyen de défense de ces ongulé et le bruit et la course, et ils courent plus vite que les moutons ! La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est éventuellement réveiller le berger. Il y a aussi les aides bergers, pour compenser le travail supplémentaire, mais il en faudrait 3 ou 4 si on veut avoir toujours une présence. On semble s’orienter vers une modification des lois, pour donner le droit aux bergers d’abattre les loups, est-ce une bonne solution ? L’Etat a fait un effet d‘annonce. Il y a longtemps que je ne trouve pas normal qu’un éleveur n’ait pas le droit de défendre son troupeau alors que c’est prévu par la loi. Le tir de défense permet de se responsabiliser et de se dire qu’on peut faire quelque chose. Mais le loup étant très furtif, ça va être très dur. C’est une façon pour l’Etat de se défausser, parce que d’après les lois ce serait à lui de le faire. Les éleveurs ne sont pas tous chasseurs, n’ont pas tous une arme ou la volonté d’en avoir une. C’est à l’Etat de protéger les troupeaux, y compris par des mesures préventives. Est-ce que vous comprenez quand même les arguments des pro-loups ? La biodiversité est beaucoup plus importante quand le milieu est ouvert et façonné par le pastoralisme. Il y a les races autochtones, les races parasites comme les insectes coprophages, toute la flore de deuxième repousse, comme les orchidées. Si on continue de protéger les loups et qu’on fait disparaitre l’élevage, on va perdre en biodiversité. Est-ce que si le travail agricole était mieux valorisé, on parlerait autant du loup ? Au contraire, si vous voulez faire moins parler du loup, il faut encore moins payer le travail agricole et que les éleveurs soient tenu par des revenu extérieurs. Les situations des éleveurs sont très variables, c’est souvent est assez difficile, mais ça dépend de beaucoup de choses, de leur façon de commercialiser notamment, s’ils font de la vente directe ou passent par les coopératives. Les bergers, de leur côté, sont souvent payé au Smic. par Propos recueillis par Yannick Curt
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