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![]() Entretien avec Bernard Boullot, vétérinaire en Aveyron :
Santé animale : Vétérinaires en souffrance
Moins de 2000 agents titulaires pour surveiller 300 000 exploitations et 400 000 établissements de production : les services vétérinaires eux aussi subissent les effets de l’austérité. Non sans conséquences, nous explique Bernard Boullot, chef technicien vétérinaire dans l’Aveyron et membre du bureau national du syndicat SUD Rural-Equipement.
La Terre : La protection sanitaire et vétérinaire française est-elle toujours efficace ? Bernard Boullot : Disons qu’elle le serait toujours, sans les conséquences de la RGPP (révision générale des politiques publiques). Les départs non remplacés induisent le recours de plus en plus fréquent à du personnel intérimaire, à temps partiel, en CDD, avec des gens qui ont droit à une formation de quelques jours et peuvent seulement effectuer un contrôle basique - avec ce que cela comporte comme risques de passer à côté de quelque chose. Quelles sont les missions des services vétérinaires aujourd’hui ? Déjà, les anciennes directions départementales des services vétérinaires (DDSSV) n’existent plus, puisqu’elles ont été intégrées dans les directions de la protection des populations (DDPP). Nous assurons d’une part la sécurité des productions primaires, en amont de l’abattoir, en vérifiant les traitements, la traçabilité, le traitement des effluents, la surveillance des épizooties... Et d’autre part nous assurons la sécurité et la qualité des denrées alimentaires, dans les abattoirs mais aussi dans la restauration collective, chez les producteurs qui transforment et vendent eux-mêmes, et dans l’industrie de transformation. Celle-ci est déjà soumise à des procédures d’autocontrôle, dont nous vérifions la conformité. Nous effectuons aussi des contrôles directs, mais c’est de plus en plus difficile car nous commençons à manquer d’agents sur le terrain. Quelles missions sont les plus atteintes ? Nous arrivons encore à assure notre cœur de métier. Mais certaines missions ont été externalisées, comme le contrôle des camions frigorifiques, au profit de services accrédités par l’Etat. Pire : en 2008, un contrôle des services vétérinaires européens dans les abattoirs de volailles a constaté que beaucoup d’entre eux n’avaient plus d’agents des services vétérinaires pour y effectuer les contrôles. Ce qui a failli aboutir à des limitations aux exportations françaises de volailles. La réponse du ministère de l’Agriculture a été l’embauche de vétérinaires inspecteurs non titulaires, et la création deux pôles pour former des personnels d’abattoir à l’inspection. C’est un début d’externalisation du contrôle vétérinaire. Pour nous il s’agit d’un test, qui risque ensuite d’être étendu, voire généralisé à d’autres productions. Que reste-t-il de l’indépendance des contrôles, dans ce cas ? Bonne question ! S’il s’agit de personnels de l’abattoir lui-même, ils sont directement soumis à leur direction. Et s’il s’agit par exemple d’agences extérieures accréditées par le ministère, c’est tout de même l’industriel qui va payer cette instance de contrôle. Le contrôle sanitaire risque de devenir une affaire commerciale, avec toutes les dérives que cela peut entraîner. On peut imaginer, par exemple, qu’en cas de crise dans un secteur, le contrôle devienne plus tatillon et fasse ainsi supporter la crise aux producteurs... On peut tout envisager : les garanties éthiques, d’indépendance et de confidentialité apportées par le statut public des agents et des inspecteurs seraient en tout cas remises en cause par cette marchandisation des inspections. Quelles sont les répercussions sur les conditions de travail des agents eux-mêmes ? Dans les abattoirs, les conditions de travail sont identiques à celles du personnel des abattoirs. C’est un travail posté, sur chaîne, dans le froid, le bruit, avec des horaires décalés, pour inspecter les animaux un par un : une première fois avant l’abattage pour vérifier l’état sanitaire et la conformation des animaux, et une deuxième fois post mortem. Nous sommes soumis à la pression des cadences, et en plus aux pressions pour faire passer des bêtes que l’on devrait refuser. En outre, le manque de respect de la fonction a grandi avec la précarisation des personnels, qui rend ceux-ci moins crédible, plus facile à mettre en cause. Cela entraîne des pathologies physiques et psychologiques, qui ont été plus ou moins reconnues par le ministère via l’horaire de travail hebdomadaire, qui est de 32 heures 40 minutes. Mais avec le manque de personnel, cet horaire devient très théorique - et les heures supplémentaires ne sont pas payées. Nous n’avons plus le temps non plus d’aller effectuer des contrôles chez les opérateurs situés autour des abattoirs, comme c’était le cas avant, ce qui apportait une variété dans le travail et soulageait d’autant le travail des agents des directions départementales. Du coup, ces contrôles eux aussi sont devenus moins fréquents. par
Propos recueillis par Oliveir Chartrain Réagissez, écrivez à laterre@laterre.fr |
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