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Agriculture :
Le riz Nerica, cheval de Troie de l’agrobusiness ?
Le riz hybride Nerica était censé rendre l’Afrique autosuffisante. Mais pour l’ONG Grain, cette variété est la tête de pont de l’industrie agroalimentaire sur le continent noir.
Un nouveau riz pour l’Afrique. C’est l’ambition - et le nom complet - des variétés de riz Nerica. Créées au début des années 90, elles combinent la robustesse du riz africain avec la productivité de son homologue asiatique. Les gouvernements africains en ont fait le pilier de la relance de la riziculture. Un enjeu crucial pour le continent noir : l’Afrique importe 40 % de sa consommation de riz, d’où en 2008 une facture de 4 à 5 milliards de dollars.
Grâce à Nerica, le Centre du riz pour l’Afrique espère des hausses de production spectaculaires (jusqu’à 79 % en Gambie) et espère doubler la production du continent. Une manne qui ne profitera pas aux paysans africains, d’après un rapport de l’ONG Grain publié en janvier 2009. Premier reproche : Nerica est une variété hybride, ce qui oblige les agriculteurs à acheter des semences tous les ans. Or, cette association avance que les agriculteurs africains ont « mis au point leur propre riz hybride (...) bien avant que les chercheurs du Nerica aient entrepris de le faire ». Le Nerica nécessiterait aussi « plus de travail, plus de soins et, surtout, plus d’engrais ».
Travaillant avec des organisations paysannes locales, les militants de Grain dénoncent une véritable « propagande », qui « s’intègre dans un mouvement plus large d’expansion de l’agrobusiness en Afrique ». Exemple en Ouganda : l’histoire de Nerica y a débuté en 1996 lorsque avec l’arrivée de l’entreprise anglaise Tilda. Il s’agit d’une filiale de United Rice Land, l’un des plus grands producteurs et négociants de riz basmati. Avec la bénédiction financière de la Banque mondiale, Tilda a repris une exploitation à 140 km à l’ouest de la capitale, Kampala.
« La société a expulsé les paysans de la rizière, relate l’ONG Grain, a lancé sa propre production et a commencé à bombarder les champs de riz (et les communautés environnantes) avec des pulvérisations aériennes de pesticides. » Des dizaines d’exemples existent au Bénin, au Cameroun, au Rwanda... Quand les paysans ne sont pas expulsés, ils n’ont d’autre choix que de travailler sur contrat pour l’investisseur étranger pour des prix « faibles ». Bref, conclut Grain « délibérément ou non, le Nerica s’est intégré à une vague d’investissements privés qui ébranle l’agriculture africaine ». Ironie du sort, c’est la colonisation française qui a donné au riz sa place majeure dans l’alimentation africaine.
par Yannick Groult
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