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Paysans :
Vers une agriculture à deux visages
Une agriculture à deux vitesses se dessine : d’un côté des fermes toujours plus grandes et productives, de l’autre des productions de niche tournées vers la qualité. Les politiques libéraux, Français comme Européens, laissent faire.
L’agriculture est-elle à l’aube d’une nouvelle révolution ? Après la concentration des fermes, la mécanisation et l’agrochimie, que réserve l’avenir à nos paysans ? Pour nombre d’experts, il semblerait que se dessine une agriculture à deux vitesses : d’un côté des exploitations encore plus imposantes, hautement techniques et productives ; de l’autre une production de niche, privilégiant les circuits courts et la transformation sur la ferme. Deux visages pour répondre à deux demandes contradictoires de la société : des aliments toujours moins chers et une agriculture toujours plus propre, pourvoyeuse de produits de qualité. En l’absence de changement politique, la concentration des fermes, à l’œuvre depuis des décennies, se poursuivra : les chiffres officiels estiment que la France ne comptera guère plus de 350 000 exploitations d’ici 2020, contre environ 500 000 aujourd’hui. Le cas du secteur laitier est particulièrement éloquent : de 88 000 élevages en 2007, la France pourrait passer à 30 000 à l’horizon 2035, d’après une récente étude de l’Institut de l’élevage. Demain, des fermes produisant 900 000 litres de lait ?« À production nationale inchangée (...), on aurait alors en plaine 22 000 exploitations produisant 900 000 litres », prévoit Christophe Perrot, de l’Institut. Un niveau de production équivalent à la moyenne des 1 000 plus grandes exploitations françaises d’aujourd’hui. Et le plus inquiétant, c’est que ce chiffre, basé sur les seules projections démographiques, ne prend pas en compte la crise agricole actuelle... D’un autre côté, la demande des consommateurs pour des aliments de qualité et plus respectueux de l’environnement profite à l’agriculture de proximité. En atteste l’essor des Amap (Associations de maintien de l’agriculture paysanne) : il en existerait aujourd’hui près de 1 200, qui nourriraient 200 000 personnes. C’est le même ressort qui pousse au développement de l’agriculture bio. Avec 300 conversions à la bio chaque mois, 2009 a été la meilleure année pour l’agriculture biologique depuis 1995. Des chiffres qui restent marginaux face au nombre d’agriculteurs conventionnels. Bruxelles présente une stratégie sans agricultureEt entre ces deux extrêmes, que deviendra l’immense majorité des paysans français ? En proie à une crise économique et identitaire, ils peinent à imaginer leur avenir. Les dirigeants actuels ne semblent pas s’en émouvoir et poursuivent la même politique d’accompagnement de la dérégulation, agrémentée d’aides pour limiter la casse quand la crise devient trop grave... Par exemple la préférence communautaire, cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, n’a jamais été aussi peu appliquée. Pendant ce temps, le débat sur la Politique agricole commune (PAC) d’après 2013 peine à émerger. Le commissaire à l’Agriculture, Dacian Ciolos, plaide pour un « débat public » sur la PAC et pour une politique agricole « avec un budget important ». Mais dans le même temps, en présentant le 3 mars sa stratégie « Europe 2020 », Bruxelles a dévoilé un projet de société où l’agriculture brille par son absence. par Yannick Groult
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