|
Après la tempête :
"Il faut appliquer la loi littoral avec fermeté"
Les constructions en zone inondable, c’est fini, estime Bruno Toison. Pour le délégué du Conservatoire du littoral Nord-Atlantique, la tempête Xynthia nous rappelle que l’homme doit apprendre à cohabiter avec une nature parfois dangereuse. Les outils de prévention existent mais « le désengagement de l’Etat est colossal ».
La Terre : Quelles leçons tirez-vous du passage de la tempête Xynthia ? Bruno Toison : La première leçon qu’on peut tirer, c’est que la nature est très puissante. Il est illusoire de croire que l’Homme arrivera à la dompter. La mer, ce n’est pas que la baignade et les vacances... Elle est dangereuse et imprévisible. Et quand le monstre sort, l’homme est tout petit : toutes les digues ont été submergées, qu’il s’agisse de digues d’habitation ou de constructions agricoles. Nous allons devoir apprendre à vivre avec la nature, et il y a probablement des choses qu’on ne devra plus faire en matière de constructions. Vous faites référence à la polémique sur l’urbanisation du littoral... Effectivement. Il est impératif de stopper immédiatement toute construction en zone humide. Il est temps d’arrêter ces âneries et d’appliquer la loi avec fermeté. Il existe des plans de prévention des risques d’inondation et une loi littoral, mais celle-ci n’est pas appliquée. Elle n’existe pas depuis très longtemps et cela fait des siècles que l’homme construit dans des zones à risque. Le problème existe déjà, ne l’aggravons pas. Que faire en matière de prévention ? La première chose à faire est d’arrêter de construire dans les zones inondables. Ensuite nous devons étudier les habitations situées en dessous du niveau de la mer. Doit-on les démolir ou les protéger ? Devons-nous ériger des digues de 10 mètres de haut dans toutes ces zones ? Je ne pense pas, il faut trouver des solutions adaptées au cas par cas. Sur quels critères ? Faut-il payer des millions pour défendre 20 hectares de blé sur des polders ? Ce n’est pas sûr. S’il s’agit de 2 000 hectares, on peut se poser la question. Il est déjà arrivé que l’on dé-poldérise des terrains que nous avons estimés trop dangereux, et qui redeviennent alors des prés salants. Il nous est aussi arrivé de racheter des maisons pour les démolir. Tout dépend de l’intérêt sociologique, économique et écologique des zones concernées. Les Hollandais ont trouvé leur réponse, à nous de trouver la nôtre. Et quelle est leur réponse ? Les Hollandais ont créé un organisme d’Etat, le Rijkwaterstaat, qui bénéficie de pouvoirs très importants. Pour eux, ce sujet est d’une importance stratégique, Amsterdam étant à plus de trois mètres sous le niveau de la mer. La France est-elle en retard en matière de prévention ? Il faut trois choses : d’abord une volonté et des moyens. Ensuite, si on appliquait toutes les lois existantes, nous aurions tous les outils pour bloquer les projets dangereux. Le problème, c’est que le désengagement de l’Etat est colossal. Les budgets sont en diminution, quand ils ne sont pas purement supprimés. Par exemple, sur l’île de Ré, il y a des digues d’Etat et des maisons cantonnières. Mais aujourd’hui, il n’y a aucun cantonnier pour entretenir les digues et l’Etat vend ces maisons. Ce genre de stupidité n’est plus possible. De même, quand l’Etat dit que c’est aux propriétaires d’entretenir les digues, ce n’est pas une attitude responsable. Pourtant le risque est bien là... Sans parler de montée des eaux, il y a déjà un risque de catastrophe majeure ! En Charente-Maritime, nous avons déjà connu une tempête en décembre 1999. Un peu plus au sud, dans la centrale nucléaire de Braud-Saint-Louis, en Gironde, la salle des machines avait les pieds dans l’eau ! On parle en termes de risques, pas de certitude. Une tempête comme Xynthia était la conjonction d’un coup de vent et d’un fort coefficient de marée. Un tel événement peut très bien se reproduire demain comme dans un siècle. Il est évidemment très difficile pour un élu de mettre en chantier de gros ouvrages qui ne serviront peut-être pas pendant les 50 prochaines années. Mais un certain nombre de scientifiques nous disent que le climat va changer et que le niveau de la mer va s’élever. Ce qui nous arrive aujourd’hui aura donc plus de chances de se produire. par Propos recueillis par Yannick Groult
|
||||||||||||||||||||||||||