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Après la tempête :
Vent de polémique après la catastrophe
Xynthia a fait 53 morts et 8 disparus au dernier bilan, mais de nombreuses questions se posent encore sur la prévention et la gestion de la catastrophe, tant au niveau de l’urbanisation des côtes que de celui de l’état des digues.
Des vents violents de 130 à 160 km/h se sont abattus sur les départements de la Vendée et de la Charente-Maritime dans la nuit du 27 au 28 février. Plus de 50 morts, des milliers de familles sans abris, de foyers privés d’électricité... Les ravages causés par le passage de Xynthia jettent une lumière crue sur l’urbanisation à tout prix du littoral, lèvent la polémique sur l’état des digues en France et soulèvent la question des choix agricoles, avec la politique du remembrement. Aujourd’hui, le drame pousse sur le devant de la scène la question du respect de la loi littoral et de l’urbanisation sauvage. Depuis des années, l’afflux des populations vers les côtes ne se dément pas. Les conflits se multiplient entre les préfets et les élus locaux, souvent prompts à décerner des permis de construire au plus proche de la mer en dépit des principes de sécurité les plus basiques. Les réglementations existent mais elles ne sont pas respectées. Interrogé dans Le Monde du 3 mars, le géographe Jean Renard, spécialiste du littoral vendéen, explique qu’il y a 50 ans, « ces terrains servaient de communal, du nom de ces sols alloués aux agriculteurs y menaient paître leurs bêtes ». Les paysans connaissaient les risques d’inondation et ne construisaient que sur les îlots surélevés, aujourd’hui épargnés par les eaux. L’essor galopant de l’urbanisation, dès les années 1960, met fin à cette vie rurale. « Les municipalités, poursuit Jean Renard, souvent dirigées par des commerçants et des artisans, ont transformé ces terres agricoles en terrains à bâtir et n’ont pas su fixer les limites à la pression des particuliers et des promoteurs. » Prévention contre urbanisationDes lotissements ont fleuri ici et là, de construction fragile. Il y a de ça quelques mois seulement, lors du Conseil municipal du 19 novembre dernier, les élus de La Faute-sur-Mer (Vendée) avaient contesté avec fougue les nouvelles moutures du Plan de prévention du risque inondation (PPRI) coupables à leurs yeux d’empêcher leur projet d’urbanisation... Depuis 1999, pas moins de 100 000 logements ont été construits en zone inondable sur l’ensemble de la France. Un rapport du gouvernement au Parlement relatif à la loi littoral, votée à l’unanimité en 1986, montre que les départements littoraux ont accueilli 2,3 millions d’habitants en vingt ans, soit 42 % de la croissance métropolitaine. Sur place, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il demandait au gouvernement de mettre sur pied une mission d’inspection qui devra rendre dans les dix jours « un rapport pour comprendre ce qui s’est passé ». Or, ce rapport existe déjà. Il est signé de Pascal Raison, de la Direction départementale de l’équipement (DDE) de Vendée. « La vulnérabilité du littoral vendéen aux submersions marines ne fait aucun doute », expliquait-il en 2007. L’expert jugeait nécessaire la mise en place d’un plan de prévention des risques de submersion « dans l’estuaire du Lay sur les communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer, où la conjoncture de deux phénomènes - la crue du Lay et la submersion marine - pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l’arrière du réseau de digues vieillissant ». « La rupture des digues engendrerait des dégâts majeurs aux biens et aux personnes », concluait-il. La tempête, malheureusement, lui a donné raison. Les digues, justement, font également beaucoup parler ces derniers temps. Leur longueur totale, dont les plus anciennes datent de Colbert et les plus récentes de l’entre-deux-guerres, avoisine 1 000 km pour les seuls départements de Vendée et de Charente-Maritime. A la question de leur grand âge s’ajoute celle de leur entretien. En France, les propriétaires sont multiples : l’Etat, les communes, les syndicats privés... Les inondations de 1993 en Camargue avaient déjà soulevé le problème. Depuis, un vaste recensement est en cours. Cultures freinées pour 4 à 5 ansDans les deux départements les plus sinistrés, les chambres d’agriculture ont aussitôt tenté de recenser les dégâts. L’eau salée de l’océan a envahi des terres consacrées aux grandes cultures ou à l’élevage, emportant sur son passage des animaux, inondant les fourrages, les équipements, les salles de traite... La Charente-Maritime estime entre 30 000 et 50 000 hectares les surfaces envahies par la mer, soit environ 10 % des terres utiles cultivées du département. En Vendée, 4 500 hectares sont sous les eaux dans le Marais poitevin, 2 000 dans le Marais breton. Sur les deux départements, deux tiers concernent des grandes cultures, un tiers des prairies. Dans les zones inondées d’eau salée, les cultures seront freinées pendant quatre ou cinq ans... Les chambres d’agriculture ont alerté les conseillers généraux sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour récupérer au plus vite la valeur agronomique des terres. Les surfaces noyées sont celles qui obtiennent souvent les meilleurs rendements céréaliers dans les deux départements. Pour contrer les effets du sel, il faut désormais leur apporter du gypse. Mais l’opération reste coûteuse, d’autant plus que les exploitations sont sinistrées et subissent un contexte agricole difficile. Si les assurances vont prendre en charge une partie des pertes directes (stocks de récolte, cheptel, bâtiments hors serre...), le manque à gagner pour les années à venir ne peut être couvert que par le régime des calamités. Ce fonds, estime le Modef, devra également être mobilisé pour couvrir les franchises et les exploitants qui, faute de moyens financiers, n’ont qu’une couverture partielle en assurance. Le syndicat agricole demande au gouvernement non seulement de débloquer des fonds d’urgence, mais aussi de garantir un revenu aux paysans le temps nécessaire qu’il faudra pour que ces exploitations retrouvent une activité normale. par Nadège Dubessay
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