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Consommation :
Le BPA, un problème de santé publique
L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) reconnaît l’existence d’un problème avec le bisphénol A. De son côté, André Cicolella (président du Réseau environnement santé) milite en faveur de son interdiction en France.
L’Afssa a rendu public, le vendredi 5 février dernier, son avis sur les effets toxiques du bisphénol A (BPA), composé chimique présent dans les plastiques alimentaires. Pour la première fois, l’agence voit « des signaux d’alerte » dans de nouvelles études mais considère qu’il n’y a pas « urgence ». Il a donc été décidé de mettre en place de nouvelles études pour approfondir les analyses et mieux les interpréter. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) prépare un rapport pour mai prochain. Cependant, les scientifiques prennent de plus en plus la parole et la polémique va bon train. Le Réseau environnement santé (RES) milite en faveur de l’interdiction du BPA en France. « Les prochaines études serviront toujours à quelque chose mais là, on en est à près de 500 études » ironise André Cicolella, président du RES, et toxicologue. Une façon d’expliquer que ces travaux ont déjà largement montré la dangerosité du BPA. « Dire qu’il y a des "signaux d’alerte" n’est pas suffisant. C’est une façon de noyer le poisson. C’est toujours difficile pour une agence - ce n’est pas dans leur culture - de dire "on s’est trompé, on n’a pas bien analysé les choses et on va rectifier", mais ce serait la seule logique. » A ce jour, André Cicolella n’a pas de rendez-vous avec Roselyne Bachelot, il a seulement vu, voici quelques mois, un conseiller technique de l’Afssa. Maladies coronariennes, diabète, troubles de la sexualité... Le président ne met pas de gants et n’hésite pas à affirmer : « Notre système sanitaire n’est pas au point. » Et même qu’ « il y a un problème de compétences. Ce n’est pas un travail sérieux et c’est totalement irresponsable. » Cependant, il reste en contact épistolaire avec la ministre : « Tous les deux mois, je lui envoie une lettre, depuis mai dernier, date à laquelle on a décidé de faire une veille scientifique régulière sur le bisphénol A. Elle reçoit les dernières données scientifiques sur le sujet, et la conclusion est toujours la même : toutes ces données ne font que conforter l’analyse que l’on fait depuis le début. Il faut interdire le bisphénol A dans les plastiques alimentaires parce qu’il y a une multitude d’effets survenant consécutivement à l’exposition de la population dans son ensemble. » Chez l’adulte, maladies coronariennes, diabète, troubles de la sexualité, diminution de l’efficacité de la fécondation in vitro chez les personnes les plus imprégnées en BPA. Chez l’enfant, troubles du comportement en lien avec l’imprégnation maternelle au BPA (étude américaine publiée en octobre dernier). André Cicolella est surtout inquiet pour le spectre très large chez l’enfant, consécutivement à une exposition maternelle. « Sur les troubles du comportement on en est à 30 études et il n’y a pas beaucoup d’inconnu. Cette étude conforte ce que l’on avait pu mettre en évidence chez l’animal (souris, rat, singe). Ce ne sont pas des petits signaux faibles comme on le laisse entendre, mais la confirmation de problèmes majeurs. Le problème essentiel c’est la contamination du fœtus par sa mère, in utero et post-natale. Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien qui a un impact sur tous les systèmes hormonaux, même à faible dose. Il met également en évidence ses conséquences sur la fertilité, le développement de cancers, le diabète, l’obésité. » Selon lui, les études scientifiques sur lesquelles est fondée la dose journalière tolérable (DJT) - fixée aujourd’hui à 50 microgrammes/kg/ jour - devra être discutée. Et les retombées économiques ne lui semblent pas poser problème, et en aucun cas ne justifient pas l’attitude du gouvernement. « Il faut que l’industrie intègre cette dimension sanitaire, ce qu’elle a toujours du mal à faire. Il lui faut aussi changer un certain nombre de procédés, mais l’industrie évolue toujours en fonction des contraintes qu’elle rencontre et des demandes des consommateurs ». Et André Cicolella de conclure : « On retrouve les effets de la substance dans les urines de 93 % des Américains. C’est probablement le cas des Français, avec de graves conséquences ». Loin de baisser les bras, le toxicologue campe sur sa position. « Oui, je vais continuer mon combat en faveur de l’interdiction, c’est un vrai problème de santé publique. » OU TROUVE-T-ON DU BISPHENOL A ?Produit chimique utilisé dans la fabrication d’un plastique dur transparent, le polycarbonate est employé notamment dans l’alimentaire : biberons, bonbonnes d’eau, récipients plastiques pour micro-onde, bouteilles réutilisables en plastique rigide, canettes en métal (revêtement intérieur). Sachez lire les étiquettes : évitez les codes de recyclage sur les contenants alimentaires en plastique. Il faut éviter les codes 3 (PVC, polychlorure de vinyle), 6 (PS, polystyrène et 7 (polycarbonate et autres). La chaleur accroît le dégagement de BPA si vous chauffez les plastiques, si vous versez dedans des aliments chauds, si vous faites chauffer les conserves au bain-marie. Pour les bébés, choisissez des biberons en plastique sans polycarbonate, du type polypropylène (code 5) ou polyéthylène (code 1). Préférez plutôt le verre. Lorsque vous prenez du lait de substitution en poudre, prenez-le de préférence vendu dans des emballages en carton. par Zelda Meyer
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