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Energie :
Se chauffer ou manger, faudra-t-il choisir ?
L’expansion de l’énergie solaire, dont les tarifs favorisent le développement de véritables « usines photovoltaïques », risque de se faire aux dépens de
l’agriculture... et des usagers.
Selon certains experts, l’énergie photovoltaïque, si elle poursuit son développement au rythme actuel, pourrait atteindre le coût de 35 milliards en 2012. Ce serait très exactement l’équivalent du « grand emprunt » voulu par Nicolas Sarkozy. Une véritable explosion, due à des tarifs de rachats particulièrement avantageux. N’importe qui peut en effet produire de l’électricité renouvelable - éolienne, hydraulique, solaire. Il peut ensuite l’utiliser pour lui-même, ou décider de la revendre à EDF. Dans ce cas, l’opérateur est contraint de la racheter à des tarifs fixés par l’Etat. Le niveau de ces tarifs de rachat détermine donc l’intérêt financier d’investir dans cette production. Jusqu’en 2009, c’était particulièrement avantageux. Ainsi, alors qu’un kilowattheure (kWh) produit par EDF avec ses moyens de production habituels (nucléaire, hydraulique et énergies fossiles) lui revient en moyenne à 0,04 euro, l’opérateur devait racheter le même kWh d’origine solaire 0,602 euro (quand les capteurs étaient intégrés au bâti), ou 0,328 euro dans le cas des unités de production au sol. Ces tarifs garantissant une rentabilité élevée et rapide des installations, celles-ci n’ont pas tardé à fleurir. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur étant la possibilité offerte à de nombreux agriculteurs de trouver là un complément de revenu ; le pire étant le risque de voir des terres agricoles abandonner leur vocation première pour alimenter une « bulle solaire » spéculative. La « bulle solaire » va gonflerMais la publication le mois dernier de nouveaux tarifs (voir p. 14 et 15) a changé la donne. Le bâti agricole y est différencié des autres structures, et bien entendu des installations au sol. Problème : c’est lui qui baisse le plus fortement (de 0,602 à 0,42 euro), plus que les habitations (0,58 euro) ou les bâtiments publics (0,50 euro). Quant au photovoltaïque au sol, il devient encore plus rentable au Nord où son prix de rachat passe de 0,328 à 0,377 euro, et baisse à peine au Sud (à 0,314 euro). Résultat : le photovoltaïque agricole risque de disparaître, tandis que les giga-centrales de plusieurs centaines d’hectares au sol se multiplient déjà. Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Ecologie, en a d’ailleurs fait un objectif. Loin de dégonfler la « bulle » solaire, ces nouveaux tarifs vont au contraire la faire gonfler - mais au seul profit des industriels, et au risque d’alimenter la spéculation sur une partie des terres agricoles. Une spéculation dont les consommateurs d’électricité, au final, règleront la facture. par Patrice Guillot
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