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Intempéries :
Hiver : double peine pour les ruraux
Quelques centimètres de neige et tout
s’arrête. Les intempéries de ce début janvier ont révélé la fragilisation du monde rural face à l’hiver.
Après une première alerte en décembre, le froid est revenu en ce début janvier, étendant son manteau de neige et de difficultés sur plusieurs dizaines de départements. Mais si, dans les agglomérations, les désagréments dus aux intempéries se limitent souvent à quelques retards et autres glissades, il n’en va pas de même à la campagne. Dans les régions de plaine, quelques centimètres de neige ont suffi à paralyser l’activité, réduisant des villages entiers à une situation de quasi-isolement. Premier point noir : les transports. Un domaine dans lequel la désorganisation des services de l’Equipement, sacrifiés sur l’autel des économies budgétaires d’un Etat pressé de se délester de ses missions sur les collectivités locales, se fait lourdement sentir. Le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a beau jeu de saluer « l’énorme travail » accompli par les personnels chargés de l’entretien des routes, les faits sont là : le transfert de l’entretien des réseaux départementaux aux conseils généraux, qui s’est doublé du déclassement de la plus grande partie du réseau national en routes départementales, écrase les départements sous une responsabilité qu’ils n’ont pas les moyens d’assumer. Pas de ravitaillementRésultat : il faut parfois attendre plusieurs jours pour que le réseau dit « secondaire » soit dégagé. Les conséquences sont multiples. Dans de nombreux départements, les préfets ont dû suspendre les transports scolaires, posant de nombreux problèmes aux familles. Des commerçants, des artisans, des enseignants... ont été mis dans l’impossibilité de gagner les villages où ils exercent, privant ceux-ci pendant plusieurs jours de certains services. Un problème d’autant plus aigu que pour le ravitaillement, il était impossible de gagner le supermarché le plus proche... et que les facteurs, eux aussi de plus en plus éloignés de leur lieu d’exercice, ne passaient plus. Parallèlement, l’activité économique a elle aussi été mise en difficulté : agriculteurs victimes du gel ou de l’absence de collecte du lait, entreprises privées d’une partie de leur personnel - et inversement, perte sèche de revenus pour certains salariés ne pouvant pas se rendre à leur travail. Face à la colère du monde rural, Etat et collectivités se rejettent mutuellement la responsabilité de cette situation. De fait, on a l’impression persistante qu’au premier flocon, les difficultés s’amoncellent bien plus vite qu’il y a 10 ou 20 ans. Sans doute plus qu’une impression : la traduction progressive, insidieuse, mais de plus en plus palpable, d’une politique qui fait peu de cas de tout ce qui n’est pas susceptible de rapporter un profit immédiat. Et qui en sacrifiant les services publics, sacrifie aussi ceux qui en ont le plus besoin. Témoignages« Le service de déneigement n’est pas suffisant »Geneviève Foubert, aide à domicile en milieu rural sur la commune de Mortagne (Orne). « Je n’ai pas connu de problèmes majeurs. Il n’y a pas vraiment eu de désagrément brutal. Mais rien n’est adapté ici pour recevoir autant de neige. Je n’ai pas pris le risque d’aller sur la route mais j’ai tout de même pu satisfaire toutes les personnes âgées ou les femmes enceintes dont je m’occupe : je les ai appelées ou alors la famille s’est manifestée auprès d’eux. Bien sûr, ça n’a pas été le cas pour tout le monde. Certains de mes collègues ont roulé sur la neige et ont connu des difficultés, mais les voisins ont aidé à les remettre sur la route. Le message que je souhaiterais faire passer c’est que, si tout le monde se prenait par la main et était solidaire, il n’y aurait pas de problème. Le service de déneigement n’est évidement pas suffisant. Le chasse-neige est passé il y a deux jours déjà alors qu’il a reneigé depuis. Si cette situation dure quelques jours, c’est tenable, mais il ne faut pas qu’elle s’éternise. » « Nous avons dû dégager nous-mêmes les routes » Hervé Corbic, éleveur laitier à Kerpert (Côtes-d’Armor) « Nous avons eu jusqu’à 50 cm de neige. Notre lait n’a pas été collecté pendant cinq jours (du mercredi 5 au lundi 11 janvier, NDLR). Nous avons stocké le lait dans des bacs. Contrairement à certains de nos voisins, nous n’avons pas eu à jeter de lait. Nous avons dû dégager nous-mêmes les routes avec plusieurs tracteurs pour aller chercher le camion du laitier. La toiture d’un hangar de stockage de matériel s’est effondrée sous le poids de la neige. Le gros souci, ce n’est pas tant la collecte, mais l’approvisionnement en aliment du bétail. Pour nos 100 truies, nous avons eu de la chance car nous avons été livrés le premier jour où il a neigé. Tout le monde a été pris de court. Les routes cantonales ont été dégagées le vendredi 15 janvier et les départementales le mercredi 13. Il y avait quelques camions de la DDE, mais ça ne suffisait pas. La préfecture a attendu dimanche pour appeler des privés, qui ont commencé à travailler mercredi soir. » « Les enseignants sont descendus à pied dans la neige »F. T. (1), conseiller municipal à Chartainvilliers (Eure-et-Loir) « Nous avons un regroupement pédagogique de quatre communes, avec une école à Chartainvilliers et une à Saint-Piat. Pas de transports scolaires, et pas d’enseignants : 4 seulement sur 13 habitent sur place, tous à Chartainvilliers - on paie là le fait qu’il n’y a plus de logements de fonction pour les instituteurs. On a pu accueillir les enfants présents parce que deux enseignants sont descendus à pied d’ici jusqu’à Saint-Piat, soit 2 ou 3 km dans la neige. La cantine est sur un autre site : il a fallu aussi gérer un pique-nique froid pour ceux qui étaient là. Nous n’avons pas de commerces : les boulangers ne passaient plus, et nous ne pouvions pas gagner Chartres ni Maintenon parce nos routes d’accès aux axes principaux n’étaient pas déneigées pendant 3 jours. Comme nous n’avions pas passé de convention de déneigement avec les agriculteurs, nous avons dû attendre. » [1] [1] (1) le témoin a tenu à garder l’anonymat en raison de ses activités professionnelles par Olivier Chartrain
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