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Retraites :
Echange trimestres contre machine à laver
Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, revient sur la remise en cause des droits accordés aux mères de famille.
La Terre : Actuellement, les femmes salariées du privé peuvent bénéficier jusqu’à deux ans d’annuités supplémentaires par enfant, une mesure améliorant le montant de leur retraite. Or, le ministère du Travail souhaite que la réforme de ces droits, remis en cause par une récente décision de justice, figure dans le projet de budget 2010 de la Sécurité sociale. Quelle est votre réaction ? Pascale Coton : Dès le mois d’août, nous étions totalement opposés au fait de retirer - parce qu’il ne s’agit pas de partager - les trimestres aux femmes pour les donner aux hommes sous prétexte d’une certaine discrimination homme-femme. Il faudrait avant tout s’attaquer aux racines du mal : la discrimination en termes d’égalité professionnelle. Durant toute sa carrière, la femme va avoir en moyenne 27 % de salaire de moins que l’homme. Ce qui entraîne automatiquement une différence de pension de 40 % en moins au détriment de la femme. Et si l’on se dit qu’à partir du 1er janvier 2010, la mère partage la dernière année au titre de l’éducation avec le père - donc si elle donne deux trimestres au père - elle perdra en moyenne 11 % de sa retraite, qui s’ajoute aux 40 %. Ce qui fait au total moins 51 %. Ce qui est totalement anormal. Même si l’on dit que la femme devra donner son accord, que le père devra prouver qu’il a éduqué son enfant. Mais combien de femmes pourront réellement négocier dans le couple ? L’enfant devient otage, c’est du chantage ! Honnêtement, il faut revenir dans le vrai monde. Toutes les femmes n’ont malheureusement pas le pouvoir d’autonomie dans le couple. Combien de femmes vont donner des trimestres à des conjoints ou ex conjoints parce qu’elles n’auront pas le choix ? Je l’ai dit au ministre Xavier Darcos : nous allons vers une situation où lorsque les couples vont se séparer, on se dira : tu me donnes des trimestres et moi je te donne la machine à laver... Pourtant, même la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, a porté l’affaire... Mais les discriminations, les inégalités salariales, que subissent les femmes depuis des années n’ennuient personne ! Aucune plainte de la Halde, aucun député qui porte cette discrimination dans les projets de loi de financement de la sécurité sociale ! Les lois sur les discriminations et sur l’égalité homme-femme ne sont pas appliquées ? Pas grave ! Aujourd’hui, on nous parle de la loi Darcos qui donnerait des bonus ou malus aux entreprises qui jouent ou non le jeu. On va donc donner aux entreprises qui, tout simplement, respectent la loi ? Que proposez-vous ? Nous voulons tout d’abord des sanctions dissuasives concernant les entreprises qui ne respectent pas la loi. Les huit trimestres pour les mères par enfants ? Ce n’est pas un avantage. Aujourd’hui, 56 % des femmes actives sont au-dessous du Smic. A la retraite, une femme, sur le même niveau qu’un homme, avec la MDA (majoration de durée d’assurance), touche en moyenne 1 020 euros par mois. Alors que la moyenne d’un homme est de 1 636 euros par mois. Soit une différence de 58 %. Une femme travaille en moyenne 34 années, contre 40 pour l’homme. Il faudrait, pour rattraper ce retard, que la femme travaille six années de plus ! Et lorsqu’on sait que 31 % des femmes sont à temps partiel... En fait, l’Etat a tenté de diminuer le nombre de trimestres pour les femmes de façon à récupérer de l’argent... Dès la rentrée, notre syndicat va remettre cette bataille en jeu. Nous ne voulons pas fermer la porte aux hommes. Nous ne voulons surtout pas que les droits de la femme soient une monnaie d’échange dans les discussions sur les retraites. S’il y a un conflit entre l’homme et la femme et qu’un juge pour enfant préfère confier l’enfant au papa, nous estimons que les trimestres doivent être donnés au papa. Idem dans un cas de veuvage. Mais là, en cas de conflit, le père va aller à la caisse d’assurance vieillesse demander ses deux trimestres, la femme dira son désaccord. Au bout du compte, la caisse tranchera. On ne parle pas de juge, ni d’assistante sociale. Pourtant, on parle bien d’enfant ! Ce geste est très moche. S’il y a des restrictions budgétaires à faire, pourquoi ne parlons-nous pas de stock options, de gros salaires ? par Propos recueillis par Nadège Dubessay
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