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11 novembre 1918 :
Il y a 91 ans, la fin d’un carnage
Les cloches de toutes les églises de France carillonnent et les soldats sortant des tranchées cessent de s’entretuer pour la première fois depuis 4 ans. Plus un n’est aujourd’hui vivant. Outre des livres, des chansons, des films, seuls nous restent des monuments et des musées pour raconter cette « connerie de guerre » qui fit plus de treize millions de morts.
Le 11 novembre 1918 est généralement présenté comme la fin d’une incommensurable boucherie. Ce mot qui renvoie à un métier pratiqué de façon quasi chirurgicale pour nourrir l’homme est-il approprié pour dire l’horreur des chairs humaines réduites à l’état de bouillies, les cervelles et le sang maculant les tenues des soldats, les bras, les jambes, les troncs, les visages volant de tranchées en tranchées après avoir été disloqués à grands coups de tanks, de mitrailleuses, l’odeur pestilentielle résultant de la décomposition des cadavres, l’âcreté des vapeurs dégagées par des armes chimiques, les brûlures s’infiltrant dans les poumons après l’inhalation de gaz moutarde, les rats infestant non seulement les tranchées mais aussi les rares lieux de repos des soldats ? A l’évidence non. Reste que ce mot ancré dans la mémoire populaire raconte près de 66 millions d’hommes arrachés à leurs fiancées, épouses, enfants, familles, plus de 13 millions de morts dont de nombreux après une longue agonie, pas moins de 21 millions de blessés, de mutilés, de gueules cassées, d’hommes troncs, et des centaines de milliers de veuves, des millions d’orphelins, d’innombrables villages martyrisés conservant aujourd’hui encore de profonds stigmates, des dizaines de milliers d’hectares de terres rendues à jamais stériles. La Caverne du DragonNombreux sont en France les monuments aux morts et les sépultures criant des messages de paix. Nous n’en citerons que trois. « Apprenons à supprimer la guerre ». Ces quelques mots sont inscrits sous le visage d’un enfant sculpté sur le monument aux morts de Rocles dans le département de l’Allier. « Maudite soit la guerre » clame celui de Gentioux dans la Creuse. « Maudite soit la guerre. Maudits soient ses bourreaux. Baudry n’est pas un lâche. Mais un martyr ». Des maçons ont gravé ceux-ci dans le marbre d’une plaque placée sur la tombe de Félix Baudry, à Royère-de-Vassivière dans la Creuse. C’est en 1915 que ce poilu, soupçonné de lâcheté au combat, a été fusillé pour l’exemple. Sous ces trois mots se cache le meurtre perpétré sur injonction d’une juridiction militaire visant à maintenir les troupes en parfait état d’obéissance. Certains musées situés dans les départements les plus exposés aux combats (Somme, Pas-de Calais, Aisne, Oise, Marne, Haute-Marne, Meuse) disent l’enfer des poilus dans les tranchées, l’angoisse des familles, les longs travaux de reconstruction de villes et villages quasiment rasés par les bombardements. Parmi eux La Caverne du Dragon (*). Sis sur le Chemin des Dames, ce musée est une ancienne carrière de pierres creusée à 12 mètres sous terre. En 1915 les Allemands l’aménagent en caserne souterraine. Ils y cohabiteront avec les Français du 26 juillet au 1er novembre 1917. Lieu de vie et de mort comme l’atteste la présence d’une chapelle et d’un ancien cimetière, gérée par le conseil général de l’Aisne depuis 1995, la Caverne, située au dessous des premières lignes de front, offre en permanence des témoignages poignants de cette vie humaine. Elle abrite aussi des expositions temporaires. Deux d’entres elles sont visibles jusqu’au 15 décembre 2009. La première, conçue par Raymond Chovaneck, photographe amateur, est la mise en images de terres qui, toujours boursouflées par les horreurs du conflit, dévoilent encore des restes de soldats et expulsent des labours la ferraille des armes qu’elles continuent à receler. La seconde, « Après la guerre, Aisne 1919 », évoque le retour des 160 000 habitants (sur 530 000) ayant fui leur département et les difficiles conditions de la reconstruction : 139 communes sur 841 sont complètement détruites, 461 le sont à plus de 50 %. Plus de 84 % des industries sont ravagées, 60 % du réseau routier est totalement inutilisable, les voies ferroviaires et fluviales sont à rebâtir. La main d’œuvre manque. Les travaux seront donc très longs. Quelques années après leur achèvement, se produira un nouvel exode consécutif au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale : 14-18 n’a pas été la Der des Der tant espérée. [1] [1] (*) Caverne du Dragon, Musée du Chemin des Dames, 02160 Oulches-la-Vallée-Foulon. Tél. : 03 23 25 14 18. www.caverne-du-dragon.fr par André Danger
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