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Rencontre avec... :
Pour un grand service public postal
Maire d’Allonnes, dans la Sarthe, et animateur du secteur des services publics à l’Anecr (Association des élus communistes et républicains), Gilles Leproust nous explique les raisons de son engagement dans l’organisation du référendum contre la privatisation de La Poste.
La Terre : On nous répète qu’il n’est pas question de privatiser La Poste ; pourquoi alors s’opposer au changement de statut ? Gilles Leproust : Si l’objet n’est pas de privatiser La Poste, alors on se demande pourquoi il faudrait en faire une société anonyme - ce qui induit à terme sa privatisation. On nous a fait les mêmes discours au moment de changer les statuts de France Télécom, de GDF, d’EDF... et aujourd’hui, on voit ce qu’il en est, et ce que ça implique sur le plan humain pour les salariés de ces entreprises, et pour les usagers devenus des clients. Ce projet qui vise bien à privatiser La Poste. Même quand le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, jure que la loi proscrira l’entrée du privé au capital ? C’est un bonimenteur ! Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy qui était le ministre de l’Economie chargé des dossiers d’EDF et de GDF, avait mis la main sur le cœur : jamais il n’y aurait privatisation. Aujourd’hui, le constat est là : EDF est privatisée. Tout cela témoigne de la volonté forte de ceux qui dirigent l’Etat de marchandiser toutes les activités humaines, et de remettre en cause tous les services publics. On le voit pour l’Etat lui-même avec la révision générale des politiques publiques : on parle d’externalisation parce qu’on n’ose plus utiliser le mot de privatisation, mais concrètement on est dans cette logique. Ce n’est donc pas un procès d’intention : il s’agit de faits concrets et précis. Et si La Poste a besoin d’argent pour se développer, se moderniser ? Mais qu’est-ce qui interdit, dans le statut actuel de La Poste, d’avoir des partenariats financiers avec la Caisse des dépôts par exemple ? Cela pose la question du financement des services publics, qui pourrait être assuré avec un pôle financier public qui permette justement de moderniser des services publics toujours plus utiles aux usagers - au lieu de les de casser au nom de la modernité. C’est la définition du service public : permettre l’accès de toutes et tous, quelles que soient leurs origines sociales ou territoriales, à des services qui ne soient au rabais. Or aujourd’hui, La Poste reprend les critères de gestion du privé. On en mesure les conséquences en milieu rural : transformation de bureaux de poste en « point poste » ou en agences postales communales, manque de personnel qui crée des queues interminables au guichet... le service public de proximité est déjà bien abîmé ! Que redoute un élu local, concrètement, face à ce projet ? L’aggravation des inégalités sociales et territoriales. On entend déjà que la distribution du courrier à J+1 pourrait être remise en cause ! Nous sommes très attachés à ce qu’on ait le courrier tous les jours, à pouvoir faire ses opérations sans devoir rouler 10 ou 15 km en voiture. On sort du Grenelle de l’environnement : on ne va pas remettre des voitures en plus sur la route parce qu’on supprime des bureaux de poste dans les campagnes ! C’est pour cela qu’à Allonnes, vous avez pris la question de la « votation » à bras-le-corps ? Nous sommes très engagés sur la question des services publics de longue date, puisque nous faisons partie du réseau des collectivités françaises et européennes contre l’AGCS (Accord général sur le commerce des services) qui vise, dans le cadre de l’OMC, à privatiser toutes les activités humaines. Nous avons à l’entrée de la ville un panneau « Services publics, zone préservée ». Nous sommes donc dans le prolongement de cet engagement pour développer et moderniser des services publics, nationaux ou locaux, toujours plus utiles aux populations. Car il ne s’agit pas de défendre La Poste en l’état : elle est déjà bien abîmée. Il s’agit de poser la question du besoin d’un grand service public postal, qui réponde aux besoins et revienne aux engagements qu’il tenait voilà quelques années. Il s’agit aussi de faire une campagne populaire. Nous ouvrons, nous, trois bureaux de vote cette semaine : mardi, vendredi et samedi en mairie. Ces bureaux sont présidés par un élu, avec des assesseurs qui sont des membres des comités locaux de défense de la Poste. Nous avons envoyé la profession de foi sous enveloppe dans tous les foyers allonnais, avec un appel que j’ai cosigné avec les présidents des groupes des élus communistes et socialistes d’Allonnes. Nous appelons les citoyens d’Allonnes à participer, à être acteurs de la défense du service public. Nous avons déployé les panneaux électoraux et collé l’affiche du comité national, avec les horaires des bureaux de vote. Devant la mairie, nous avons mis une « monumentoile » de 4 mètres sur 3, pour appeler les Allonnais à venir voter. Enfin, depuis deux semaines, élus et militants sont sur le pied de guerre pour distribuer devant les écoles, devant l’hôpital... Nous voulons vraiment en faire une campagne populaire : les élus, seuls, ne règleront pas la question. Il faut que les membres des comités de défense, que les habitants des territoires s’en mêlent. Et ailleurs dans le département ? La mobilisation est partout en France, en réalité. Dans la Sarthe, il y a plusieurs dizaines de bureaux de vote, avec parfois l’engagement de la municipalité comme au Mans, à Mulsanne, Arnage, Poncé-sur-le-Loir... Là où les maires ne veulent pas s’engager, les comités locaux ont pris les choses en mains avec des bureaux de vote devant la Poste, sur le marché... Dans le canton de Spay, près d’Allonnes, ils sont une trentaine dans le collectif citoyen, et ils vont tenir des bureaux de vote dans les huit communes du canton. Cette mobilisation fait peur au gouvernement, et c’est pour cela qu’il s’est démultiplié ces derniers temps dans les médias pour marteler qu’il ne serait pas question de privatiser La Poste. C’est un encouragement à poursuivre. Nous voulons les faire reculer, obtenir le retrait de ce projet. Nous pouvons y arriver. Même des maires de sensibilité de droite se sont impliqués, ce qui montre que l’inquiétude est réelle. Souvent il n’y a déjà plus d’école, plus de DDE, plus de perception : s’il n’y a plus de bureau de poste, c’est la mort du maillage territorial. D’ailleurs, il faut mettre ce projet en lien avec la réforme des collectivités territoriales, la suppression de la taxe professionnelle... On se mobilise dans de nombreux endroits en France : il faut que la participation soit la plus large possible. Et après ? Les résultats devraient remonter rapidement dès samedi 3. A partir de ce résultat, dès le début de la semaine prochaine nous réfléchirons, dans les comités locaux et au comité national, comment on fait pour obtenir que le gouvernement retire ce projet, et pour qu’on travaille enfin sur un véritable projet de développement du service public postal, dans un cadre public. par Propos recueillis par Olivier Chartrain
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