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Entretien :
« Il faut entamer le bras de fer avec Bruxelles »
Fruits et légumes. Patrick Le Hyaric appelle les agriculteurs européens à refuser la mise en concurrence et à proposer des alternatives. Entretien avec le directeur de l’Humanité et député européen de la GUE (Gauche unie européenne).
La Terre : Que retenir de l’affaire des aides illégales, dont la Commission européenne a demandé le remboursement aux producteurs de fruits et légumes français ? Patrick Le Hyaric : Pour moi, il n’y a pas d’aides illégales. En 1992, l’euro n’existait pas. Certains pays européens ont utilisé le mécanisme de la dévaluation compétitive pour concurrencer leurs voisins. Les gouvernements français ont essayé de répondre à la crise en donnant quelques aides. C’est un mensonge absolu de dire que la France a bénéficié d’une concurrence déloyale, car au contraire elle en a été victime. Les producteurs doivent donc refuser de rembourser ces aides... Oui, il faut entamer le bras de fer avec la Commission européenne. Le ministre de l’Agriculture doit revenir sur sa décision. Baisser les bras sur ce dossier, ce serait donner le signal d’une capitulation générale devant les modifications négatives de la Politique agricole commune (PAC). Vous avez rendu visite à des producteurs de fruits et légumes. Qu’en avez-vous retenu ? Leur situation est extrêmement dramatique. Pour tous les produits, les coûts de revient sont supérieurs de 50 à 100 % aux prix de vente. Ils travaillent tous à perte. Les pouvoirs publics et les institutions européennes doivent prendre la mesure de cette crise. Sinon ils seront coupables d’un véritable désastre, d’un crime contre la production agricole. Dans ce contexte, que penser du plan d’aides de 15 millions d’euros annoncé par Bruno Le Maire ? C’est de la roupie de sansonnet. 15 millions, cela correspond à peine aux besoins d’un département comme le Lot-et-Garonne. Mon évaluation tourne plutôt autour de 3 à 400 millions d’euros. Et il ne s’agit que des aides d’urgence pour que les producteurs puissent passer les semaines à venir. Ensuite, il leur faut surtout un prix rémunérateur. Les paysans ne demandent pas l’aumône. Comment y parvenir ? D’abord, le gouvernement doit appliquer le coefficient multiplicateur limité à 1,5. C’est-à-dire qu’un produit acheté 1 euro à la ferme ne pourra pas être vendu plus de 1,5 euro à l’étalage. Ensuite, concernant les importations abusives, il faut engager des négociations avec les autres pays européens. Dans les jours qui viennent, il faut bloquer toutes les importations pour faire remonter les prix. Si l’Espagne ou l’Italie ne sont pas d’accord, la Commission européenne doit financer une politique de retrait ou de stockage. Enfin, pour les importations extracommunautaires, je propose une taxe sociale à l’importation, dont la moitié serait reversé aux paysans des pays producteurs pour améliorer leur situation sociale et l’autre moitié aux agriculteurs français. Les autres pays européens souffrent-ils aussi de cette crise ? Tout le monde est dans le même bain. Dans les autres pays, les paysans et les salariés agricoles sont surexploités. Au Maroc ou Brésil, les paysans n’ont pas les mêmes droits chez nous. Partout en Europe, les travailleurs saisonniers sont payés au tarif de leur pays d’origine à cause de la directive Bolkestein. Cette mise en concurrence généralisée est le cancer de la construction européenne. Il n’y a pas de concurrence libre et non faussée, elle est faussée en permanence. Êtes-vous inquiets des négociations qui débutent au sujet de la PAC d’après 2013 ? C’est un désastre qui s’annonce : on va tout droit vers le libre marché. Si cela se confirmait, ce serait la fin de toutes les productions agricoles en France, car aucune ne tient sur le marché mondial. Le Parlement européen peut-il peser dans cette réforme de la PAC ? Il est très majoritairement dominé par une droite ultraconservatrice. Pour changer cela, il faut trouver des alliances entre forces progressistes et avec ceux qui sont d’accord pour limer les dents du système. Mais la première des choses reste l’intervention citoyenne des paysans. Il faut investir le Parlement européen, interpeller les gouvernements et la Commission. Il est capital que les producteurs et les syndicats agricoles européens se réunissent, résistent à ces projets ultralibéraux et proposent des alternatives. par Propos recueillis par Yannick Groult
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