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Education :
Bataille pour l’école publique
Dans les Mauges, une commune sur deux ne dispose pas d’école publique. Dans le secondaire, l’enseignement catholique est tout aussi prégnant. Des batailles ont été engagées pour reconquérir ces espaces publics. Dernière victoire en date : Jallais, la plus grande commune de France sans école publique.
Photo : Alexandra Chaignon
De gauche à droite : Christophe Airaud, Marie Boureau, Jean-Philippe Parmantier, membres du collectif pour la défense de l’école publique dans les Mauges.
« On est parti en vacances avec le sourire. » Après des mois de lutte, les défenseurs de la laïcité de Jallais, dans le Maine-et-Loire, ont obtenu gain de cause : l’ouverture pour la rentrée 2007 d’une école publique. Une victoire emblématique pour cette commune de 3 500 habitants qui est la plus grande ville de France à ne pas avoir d’école publique. Mais dans les Mauges (territoire s’étirant de Cholet à la Loire), Jallais est loin d’être un cas isolé. Dans cette région rurale, catholique et ouvrière, bassin historique de la Guerre de Vendée, l’école privée est en situation de quasi-monopole. Ici, on compte encore 40 communes sur 80 dépourvues d’écoles publiques. Dans le secondaire, l’enseignement catholique est tout aussi prégnant. Le canton le plus important, celui de Beaupreau (25 684 habitants), abrite trois collèges et un lycée privés, mais pas un seul public. Hormis un petit établissement à Chemillé, la région n’a pas de lycée public, contraignant les élèves à se rendre à Ancenis, Cholet, Angers, voire Nantes. Traditionnellement anti-républicaines, les Mauges demeurent, aujourd’hui encore, très conservatrices. L’Eglise tient en respect une population traditionnellement croyante et perpétue cet état d’esprit au sein même des écoles. Mais cette tradition, et la carte scolaire qui en découle, est aujourd’hui remise en cause, notamment par l’arrivée de nouveaux arrivants, qui fuient les prix prohibitifs des grandes agglomérations et qui sont habitués au libre choix scolaire. Les demandes d’inscription dans des établissements publics se multiplient mais les autorités locales freinent le plus possible les ouvertures de classe. C’est dans ce contexte qu’est né il y a deux ans le Collectif pour la défense de l’école publique dans les Mauges après une mobilisation pour l’ouverture d’une classe primaire à Montrevault. « Il y a eu une convergence de volontés : des gens venus de l’extérieur mais aussi des familles d’ici qui n’osaient pas aborder le sujet et n’y croyaient plus, explique Christophe Airaud, responsable départemental du SNUipp-FSU et membre du collectif. L’objectif est simple : « Soutenir, partout, les personnes qui se battent pour l’école. » Une bataille de longue haleine, l’association se heurtant à l’incompréhension des élus locaux et d’une grande partie de la population. « Ici, le public, c’est le privé. Du moment que le service est rendu, qu’il y a déjà une école, les gens ne voient pas l’utilité d’implanter une école publique. Les opposants évoquent ‘l’identité des Mauges’ ou encore ‘l’héritage historique’ pour justifier la mainmise de l’école privée ; nous pensons que l’histoire ne doit pas servir de prétexte pour imposer une pensée unique. Nous ne sommes pas contre l’école privée. Nous pensons seulement que l’école publique doit être prioritaire », résume Marie Boureau, membre du Collectif. Malgré les pressions (lettres anonymes, chantage à l’emploi) - certains parents n’osent pas afficher leurs préférences éducatives de peur d’être stigmatisés - les « laïcs » commencent à gagner des batailles. L’an dernier, après un conflit de plusieurs mois, la municipalité de Gesté (2 500 habitants) a consenti à rouvrir l’école publique réclamée par les parents d’élèves. Puis en 2006, c’est l’implantation d’une école publique à Jallais qui a mobilisé toutes les forces. « Une bataille au forceps », résume Janig Mérien, membre du Collectif mais aussi de l’Association laïque des parents d’élèves de Jallais, créée fin 2005. Des tracts, des réunions, l’établissement d’une liste d’inscription (34 enfants inscrits) mais aussi plusieurs manifestations ainsi que l’occupation de la mairie, sans compter les interventions du sous-préfet et de l’inspecteur d’académie, ont eu raison, après plusieurs mois de lutte acharnée, de l’opposition du conseil municipal. « On a eu beaucoup de mal à faire comprendre nos arguments, quand on parvenait à discuter », précise Marie Boureau. Finalement, une école de trois classes devrait voir le jour pour la rentrée 2007. Malgré les promesses de la municipalité, l’association laïque de Jallais et le Collectif entendent rester « vigilants ». « Le Conseil assure avoir pris un engagement formel en délibéré. Pour nous, ce n’est pas aussi clair. L’école devrait ouvrir, mais on ne sait pas dans quelles conditions. Les élus opposés peuvent essayer de torpiller le projet pour démontrer qu’il ne tient pas la route. A nous de surveiller cela de près », souligne Marie Boureau. Ces exemples tendent à prouver que les responsables politiques commencent à prendre en compte les enjeux. Ainsi le Conseil régional a entériné en juillet la décision de créer un lycée public. L’implantation d’un collège sur le même canton reste suspendu à la décision du Conseil général. Une rencontre avec le président du Conseil général est prévue en septembre pour évaluer la faisabilité d’un collège d’un point de vue démographique, « sachant que la région se porte déjà maître d’œuvre », signale Janig Mérien. Pour Christophe Airaud, il devrait être difficile de contrer le projet. « Les chiffres montrent que la demande pour un enseignement public dans la région est en constante amélioration. A la rentrée 2005, les effectifs ont progressé de 8,5 % dans l’enseignement public, et régressé légèrement (- 0,5 %) dans le privé ». « Les élus sentent le vent tourner », surenchérit Jean-Philippe Parmantier, citant d’une part le changement de majorité de la région aux dernières élections et d’autre part, l’exemple de la municipalité de Beaupreau : « d’abord opposés à l’implantation d’un lycée et d’un collège publics, les élus sont maintenant favorables. Ils ont compris tout l’intérêt que la commune pourrait en retirer. » Les mentalités évoluent donc peu à peu. « Depuis deux ans, on a réussi à porter le débat sur la place publique, et plus important, à faire admettre que nos demandes étaient légitimes », se félicite Christophe Airaud, conscient toutefois que la lutte est loin d’être achevée. Il reste encore au moins 40 écoles à ouvrir dans les Mauges. par Alexandra Chaignon
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