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Apiculture :
Des abeilles en manque de fleurs
L’état sanitaire des ruches s’améliore depuis l’interdiction du Gaucho et du Régents sur certaines cultures. Mais les étés et les automnes secs réduisent l’efficacité des ouvrières pour produire du miel.
![]() FOTOLIA
Les apiculteurs français ont produit environ 20 000 tonnes de miel en 2006 et notre pays en a importé autant pour satisfaire la demande des consommateurs. Le monde des abeilles revient de loin en France. Les ruches ont connu un taux de mortalité anormalement élevé durant une dizaine d’années. Au terme d’une longue bataille à la fois juridique et environnementale, des produits d’enrobage des graines de maïs et de tournesol ont été mis en cause et finalement interdits en France : le Gaucho et le Régents. Pour le tournesol, le retrait a eu lieu en 1999 alors qu’il a fallu attendre 2004 pour le maïs. C’est seulement depuis cette date que les abeilles sont beaucoup moins touchées par la mortalité, même si certaines études contestent la responsabilité de ces produits dans l’hécatombe des années passées. Selon Bernard Fau, avocat de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), c’est le juge administratif qu’est le Conseil d’Etat qui a permis de mettre le dossier sur de bons rails avec le souci de le régler au plus vite, alors que les tribunaux semblaient désemparés dans ce conflit qui opposait les apiculteurs aux firmes productrices de molécules. « Il n’y a pas de culture de la protection de l’environnement dans les instances françaises. A partir de là, des juges d’instruction ont considéré que le dossier relatif à la protection des abeilles contre les effets du Régents et du Gaucho n’était pas à la hauteur de la noblesse de leur mission », a observé Bernard Fau lors d’une récente conférence de presse de l’Unaf à Paris. Une chute de la production jusqu’à l’île d’OuessantSelon Henri Clément, président de l’Unaf, l’amélioration de l’état sanitaire des abeilles ne s’est pas traduit par une relance de la production de miel à hauteur des attentes de la profession et encore moins des besoins des consommateurs. Les années de forte mortalité ont découragé de nombreux apiculteurs professionnels qui sont désormais moins de 70 000, soit une perte de 15 000 par rapport à 1994. Par ailleurs, plusieurs années de sécheresse sont venues compliquer le travail des abeilles. Cela s’est traduit par une réduction des volumes de miel produits. Même la production de l’île d’Ouessant a diminué, le manque de pluie chez les insulaires de la Mer d’Iroise n’ayant permis qu’une floraison médiocre de la bruyère ! Tout en restant vigilant sur l’environnement des abeilles, le président de l’Unaf souhaite aujourd’hui une relance de la production de miel en France. Reconquérir le marché intérieur suppose de doubler la production et pourrait se traduire par 2 000 installations. Henri Clément se prononce également pour le « rétablissement de la déclaration obligatoire annuelle des ruches », supprimée par un arrêté du 20 juin 2006 au nom de la simplification. « Cette décision rend la profession aveugle sur sa propre évolution dans le temps et dans l’espace. Il s’agit d’une privation inacceptable d’une source d’informations primordiales pour établir la statistique et le suivi sanitaire du cheptel français. Une connaissance effective du cheptel national est un instrument essentiel de la reconquête des marchés du miel », estime le président de l’Unaf. Les villes plus accueillantes pour les abeilles ?Henri Clément met également en garde contre l’idée de jachères apicoles. Dans certains cas, il s’agit d’accords pouvant intéresser les chasseurs, les apiculteurs et les agriculteurs, ces derniers laissant quelques parcelles cultivées sans récolte et bien entendu sans utilisation de produits phytosanitaires. Sauf que les fabricants de produits de traitement promeuvent et sponsorisent ces quelques hectares indemnes de produits chimiques pour mieux avancer leurs pions en faveur de nouveaux traitements sur les grandes cultures. Une alouette de jachère apicole pour un cheval de traitement de... cheval sur le maïs ou le tournesol. Mais les abeilles ne s’arrêtent pas aux jachères. Notons enfin que de plus en plus de communes urbaines et de conseils généraux installent des ruches en ville en partenariat avec l’Unaf et s’engagent en parallèle à un traitement plus écologique des espaces verts et des massifs de fleurs. Du coup, l’abeille sentinelle semble mieux se porter dans certaines villes que dans les campagnes alentours. par Gérard Le Puill
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