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Sécurité :
L’état des barrages : attention danger
Un rapport confidentiel d’EDF révèle l’état, souvent déplorable et parfois inquiétant, de notre système de production d’électricité hydraulique. Le constat posé - et rendu public - il faut que les remèdes suivent.
Le barrage de Tuilières (Dordogne) après l’accident de janvier 2006 : vétuste et entretenu à l’économie, comme bien d’autres.
photo J-L. Suarez-CSM24
C’était le 29 janvier 2006. En pleine nuit, l’une des huit énormes vannes métalliques du barrage de Tuilières, sur la Dordogne, avait rompu ses attaches. Nos lecteurs s’en souviennent : la Terre avait donné un large écho à cet accident (n° 3196, du 4 février 2006). En quelques heures, les cinq millions de m3 de la retenue s’étaient déversés à l’aval. Les conséquences (affaiblissement des berges, envasement...), déjà sérieuses, auraient pu l’être encore plus si la rupture ne s’était pas produite l’hiver, en pleine nuit. L’endroit est en effet prisé des pêcheurs et l’été, les enfants y pratiquent le canoë... On comprend mieux, aujourd’hui, pourquoi la direction d’EDF paraissait à l’époque plus soucieuse de rassurer que de faire toute la clarté sur l’état de son patrimoine hydraulique. Car ce n’est qu’après cette catastrophe évitée par miracle que l’entreprise a décidé de lancer une inspection générale de ses quelque 450 installations hydrauliques. Ce travail a fait l’objet d’un rapport, en août 2006 - un rapport confidentiel, et qui aurait dû le rester. Mais le magazine économique Capital se l’est procuré et l’a publié dans son édition de mars. Le contenu en est explosif. Des risques lourds et multiplesEnviron 200 barrages sur 450 seraient dans un état de vétusté avancé. Sur ce nombre, une partie (que l’on peut estimer, compte-tenu des données partielles, entre un tiers et la moitié) a été classée au niveau maximal de risque par les ingénieurs de la Direction production et ingénierie hydraulique (DPIH), qui ont mené l’inspection. Concrètement, les problèmes sont multiples : béton fissuré ou poreux, fuites, glissements de terrain, conduites corrodées, galeries effondrées, fragilisation des digues due à la végétation, ruptures de câbles... Bien sûr, il s’agit de risques, et non de danger immédiat : cela ne signifie pas que tous ces barrages risquent de s’effondrer demain matin. Heureusement, car les conséquences ne prêteraient pas à rire : des routes, des usines, des zones d’habitat seraient concernées. Et les installations de production d’électricité ne vont pas mieux. Souvent anciennes, elles souffrent elles aussi du manque d’entretien, quand ce n’est pas tout simplement du manque de pièces de rechange. Il en résulte au mieux une inefficacité énergétique, et au pire le risque de problèmes sérieux pouvant mettre en jeu la sécurité des personnels : vibrations, incendies, voire explosions. Les remèdes proposés vont de simples opérations d’entretien qui auraient dû être réalisées depuis longtemps, à des solutions plus radicales comme la reconstruction partielle, voire... l’abandon pur et simple, et la construction en aval d’une nouvelle retenue (cas du Chambon, en Isère). A cette aune, les 500 millions du plan d’entretien promis par EDF (voir ci-dessous) risquent de vite s’épuiser. Rien que pour Tuilières, le montant des travaux pourrait dépasser le dixième de cette enveloppe globale ! Concurrence ou sécurité ?Robert Gérenton, animateur du « collectif hydraulique » de la CGT-Energie, n’est pas surpris. Dès les années 90, le syndicat a dénoncé la modification de la politique de maintenance, préférant aux contrôles préventifs les interventions après coup, dans le but de réduire les coûts et le personnel. Le développement des automatismes s’est fait dans le même sens, alors que « la présence permanente de personnel sur les installations est un facteur de sécurité primordial » : difficile, en effet, de juger de l’état d’une installation qu’on ne voit qu’épisodiquement. L’appel à la sous-traitance se fait au nom de la réduction des coûts, et pas au nom de la compétence, sur des chantiers pourtant difficiles. La privatisation d’EDF et la mise en concurrence n’arrangent rien. Pourtant, peut-on tolérer que la sûreté de notre approvisionnement énergétique, la sécurité des populations et des personnels, soient mises en balance avec la recherche de profits à verser dans les poches déjà pleines des actionnaires ? Pour plus d’informations : EDF met 500 millions sur la table par Olivier Chartrain
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