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Démographie :
Le XXIe siècle sera-t-il urbain
De plus en plus de citadins, de moins en moins de ruraux. Ainsi sera le monde en 2030, selon une étude des Nations unies sur l’urbanisation galopante. Un futur alarmant, caractérisé par la paupérisation des villes et une fracture Nord-Sud encore plus grande.
Le nombre de citadins est sur le point de dépasser celui des ruraux. Depuis 1950, le pourcentage de la population mondiale vivant en ville est passée de 30 à 50 %. D’ici 2030, cette proportion devrait atteindre 60 %. Et on estime qu’en 2050, les deux-tiers de la population mondiale vivront dans les villes. Selon les mêmes projections, le monde comptera 36 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants en 2015 contre 23 il y a dix ans. Tel est le constat du rapport de prospective sur l’urbanisation, World urbanization prospects des Nations unies, paru en octobre dernier. D’après les prévisions, 80 % des Européens vivront dans des zones urbaines d’ici 2020. Mais la population augmentera surtout dans les zones urbaines des pays en développement. Un phénomène qui s’explique notamment par l’exode rural et par la transformation progressive des villages en zones urbaines. L’Onu évalue que les villes en développement accueilleront 4 milliards d’habitants, soit 80 % des citadins du monde d’ici 2030. Les villes indiennes de Delhi et de Bombay atteindront respectivement 19 et 22 millions d’habitants, et 17 millions pour celles de Lagos au Nigeria et de Shangaï en Chine. Hypertrophie des villes Mais cette redistribution de la population n’est pas sans conséquences. L’urbanisation massive dans les pays en développement a pour corollaire une multitude de problèmes graves : conditions de vie déplorable (difficultés d’approvisionnement en eau, manque d’hygiène, insuffisance de logements...), pauvreté, chômage, maladie, etc. Aujourd’hui, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUE), un quart de la population urbanisée vit en dessous du seuil de pauvreté. Et un citadin sur trois (soit un milliard de personnes à l’échelle de la planète) vit dans un bidonville, sans électricité, ni eau, ni accès aux services de base. D’après le rapport des Nations unies, si la tendance actuelle se poursuit, ce chiffre atteindra 1,4 milliard d’ici 2020. Cet exode rural massif, qui, contrairement à ce qu’espèrent les populations, ne permet pas d’échapper à la pauvreté, va renforcer encore plus la fracture entre pays riches et pauvres. Actuellement, dans les pays riches, 6 % des citadins vivent dans le dénuement ; au Sud, le pourcentage grimpe à 80 %. De fait, la gestion de l’environnement urbain, thème qui se pose déjà avec acuité, deviendra une priorité dans le monde entier. Cultiver en ville, une solution d’avenir La concentration autour des mégapoles créé en outre des difficultés inédites pour nourrir les populations. Car il va rester moins de paysans dans les campagnes pour nourrir davantage de citadins. Pour espérer nourrir convenablement les 9 milliards d’habitants que comptera la planète à l’horizon 2050, il faudrait doubler la production agricole. Un vrai défi ! Pourtant, des solutions se profilent, à commencer par celle qui consiste à cultiver en ville. Ce que préconise Michel Griffon, agronome. « Il faut tout simplement amener la culture de fruits et légumes, ainsi que l’élevage, à l’intérieur des zones urbaines et en proche périphérie », écrit-il, expliquant qu’entre autre avantage, « l’agriculture urbaine permet le recyclage des résidus de la ville : déchets organiques et gaz carbonique ». D’après la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), ce système d’agriculture nourrit d’ores et déjà 700 millions de citadins de par le monde, soit le quart de la population urbaine mondiale. C’est notamment le cas à Pondichery, en Inde, où des jardins en ville approvisionnent les habitants en fruits et légumes. Il ne faut pas oublier que, dans le même temps, la croissance urbaine fera peser une pression supplémentaire sur l’environnement et les ressources. Le rapport de l’Onu montre en effet que les citadins, par leur mode de consommation, leurs déplacements, leurs activités économiques, consomment plus d’énergie que les ruraux et produisent plus de déchets. La préservation des ressources naturelles, le recyclage des déchets, la limitation des gaz à effet de serre font également partie des défis considérables à venir. par Alexandra Chaignon
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