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Rencontre :
Subventionner la bio pour préserver l’eau
Quand on parle de qualité de l’eau, les esprits s’échauffent. Les consommateurs accusent les distributeurs de les spolier, ces derniers rejetant la faute sur les agriculteurs qui polluent. Bernard Barraqué propose à tous ces acteurs de
se mettre autour de la table. Pour cet économiste du CNRS, l’équation sera résolue si on rémunère les agriculteurs pour qu’ils adoptent des pratiques proches de l’agriculture biologique. Une démarche adoptée par l’Allemagne (lire l’encadré), les Pays-Bas et l’Angleterre.
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Vous plaidez pour des accords volontaires concernant la gestion de l’eau. Mais qu’est-ce au juste qu’un accord volontaire ? Il s’agit de mettre autour de la table les usagers, les collectivités, mais aussi les distributeurs d’eau pour demander aux agriculteurs d’adapter des bonnes pratiques proches de l’agriculture biologique. On pourrait alors compenser leurs pertes de revenu à hauteur de 150 à 200 euros par hectare pour ceux qui sont dans les zones de captage. Une telle solution peut revenir deux à trois fois moins cher que le traitement technologique de l’eau. N’est-ce pas difficile à faire accepter à la communauté ? Sur les zones de captage, cela implique d’abandonner le maïs et les céréales quand ils sont accompagnés de doses d’intrants élevées. Les agriculteurs qui sont prêts à réduire leurs pollutions dans le milieu naturel peuvent rendre de grands services à la société. Il n’est donc ni illogique ni immoral que l’usage le plus plus noble, la production d’eau potable, y participe financièrement pendant une vingtaine d’années. Ce genre de démarche existe-t-elle déjà en France ? Le plus ancien exemple, c’est la ville de Paris ! Elle a pris le contrôle de l’agriculture périurbaine jusqu’à l’Avre, affluent de l’Eure. Plus une ville est grande, plus elle peut se permettre de payer les agriculteurs pour ne pas polluer. Les communes rurales n’ont les moyens ni d’une politique préventive, ni d’une politique curative, elles ont donc intérêt à se regrouper. Autre exemple, en Eure-et-Loir : les agriculteurs reçoivent 270 euros par hectare du Conseil général et 30 euros de la fédération de chasse pour n’implanter aucune culture autour des zones de captage. Ce genre d’action intermédiaire se développe de plus en plus. Alors pourquoi ne voit-on pas ces initiatives se multiplier ? Beaucoup de collectivités sont prêtes à le faire mais sont freinées par « l’angoisse du contrôleur financier ». En France, la loi stipule que « l’eau doit payer l’eau », autrement dit que la facture d’eau ne doit pas financer autre chose. Les accords volontaires sont à la limite de la légalité. La centralisation freine aussi la prise d’initiative et l’émergence des accords volontaires : quand quelques rares préfectures (comme celle des Côtes-d’Armor) accordent des indemnisations aux agriculteurs des zones de captage, elles sont bien trop faibles. Les distributeurs d’eau n’y sont-il pas aussi pour quelque chose ? Il est évident que les groupes privés cherchent d’abord à installer des unités de dénitrification. Pourtant dans certains cas, ces usines sont nécessaires. Je pense à Orléans, où la pollution provient de la Loire en amont et où il a fallu installer une unité de dénitrification pour 10 millions d’euros. Mais le Conseil général a parallèlement mis en place 500 000 euros de mesures en direction des agriculteurs. Le 30 novembre, la loi sur l’eau passera en seconde lecture à l’Assemblée nationale. Donnera-t-elle les moyens de développer cette solution ? La question est de savoir si les agences de l’eau vont effectivement récupérer le produit de la taxe sur les produits phytosanitaires (TGAP phytos). Dans tous les cas, on sera loin du compte. Mais pour un euro investi par les agences de l’eau, les collectivités en mettront un et l’Europe deux. Les parlements successifs ont été trop complaisants avec les agriculteurs. Il faut augmenter les taxes sur les produits phytosanitaires et évidemment créer une redevance nitrates. Mais ne perdons pas de vue que le but est de récolter plus d’argent, y compris chez les autres usagers, pour aider les agriculteurs à changer leurs pratiques. Cela pourra-t-il nous permettre de répondre aux exigences européennes de bonne qualité des eaux d’ici 2015 ? Je ne pense pas que l’on atteindra les objectifs de qualité de l’eau fixés par les directives européennes. Mais on s’achemine déjà vers un regroupement des unités de distribution, d’où une réduction du nombre de points de captage et une diminution du coût de leur protection. J’espère que ce mouvement va engendrer une multiplication des accords volontaires. Aujourd’hui, certaines agences de l’eau croient aux accords volontaires. Elles commencent à envisager sérieusement l’agriculture biologique, car elles sentent qu’une partie du monde agricole est prêt à jouer cette carte. par Yannick Groult
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