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Agroalimentaire :
L’orge berrichonne dans les bières du monde
Visite au port d’Anvers en Belgique, de la malterie Boortmalt, filiale du groupe coopératif français Epis-Centre, qui livre aujourd’hui des brasseries dans le monde entier.
La bière est une boisson tellement commune que l’on se pose rarement des questions sur son processus de fabrication . « La bière, c’est de l’eau, un peu de malt et de houblon et beaucoup de marketing pour se faire mousser sur le marché mondial », disent volontiers les spécialistes de cette boisson fermentée quand ils font de l’autodérision. Il reste que la bière constitue un débouché intéressant pour les producteurs d’orge, à commencer par les adhérents du groupe coopératif agricole Epis-Centre, dont le siège se situe à Bourges, alors que sa collecte de céréales s’étend essentiellement sur trois départements : le Cher, l’Indre et la Nièvre. Ils livrent chaque année 45 000 hectares de céréales pour faire de la bière, dont 75 % d’orge d’hiver. Transformer l’orge en malt paraît une opération relativement simple pour qui a vu fonctionner le mode opératoire de bout en bout. L’orge est déposée comme un matelas de grain d’un mètre d’épaisseur dans un grand silo circulaire, en lente rotation pour une journée de trempage léger, pour atteindre 45 % d’humidité. Le grain se ramollit et entame son processus de germination que l’on laisse se développer durant cinq jours. Avec l’apparition du germe dans un état embryonnaire, le grain prend une saveur sucrée. On passe alors à la phase de séchage par ventilation d’air chaud à 68°C. Deux jours de ce traitement suffisent pour stabiliser le malt avec, cette fois, un taux d’humidité ramené à 4% et ce goût de torréfaction révélateur de qualité. Le malt est alors prêt pour être livré aux brasseries. Il s’agit d’un produit stabilisé qui peut se conserver comme du grain. Un kilo de malt permet ensuite de produire 12 litres de bière et la tonne d’orge transformée en malt vaut 380 euros environ. Ce sont ces opérations de transformation de l’orge en malt qu’Epis-Centre a voulu montrer à une trentaine de journalistes le 7 novembre dernier dans l’unité Boortmalt d’Anvers que le groupe coopératif à rachetée voilà quelques années à un industriel allemand en dépôt de bilan. Le port belge est l’un des plus grands d’Europe et il compte un nombre impressionnant de lignes de navigation avec des escales dans tous les grands ports de tous les continents. Car la production de malt est devenue une affaire de spécialistes. Parmi eux, Epis-Centre est devenu un outsider avec 130 millions d’euros de chiffre d’affaires dans la malterie, sur un chiffre global de 1 milliard d’euros toutes activités confondues. Du coup, 22% de la production de malt va dans les brasseries européennes, 23% en Afrique, 30% en Amérique du Nord et du Sud et 25% en Asie. Pour approvisionner son unité d’Anvers, Epis-Centre charge des wagons d’orge par trains entiers depuis la gare d’Issoudun. En amont comme en aval de la malterie belge, les conditions ont ainsi été créées pour réduire les coûts de transport d’une activité tournée vers l’international. Car la France céréalière est plutôt bien placée dans le créneau de la malterie grâce à la qualité de ses orges. Indispensable, ce premier atout se révèlerait très vite insuffisant pour tenir sa place dans le cadre de la concurrence mondiale si toute la transformation était réalisée à proximité des zones de production d’orge. Il arrive un moment où la logique de la concurrence mondialisée impose sa loi aux industriels. On peut le regretter mais aujourd’hui, transformer de l’orge en malt dans une zone portuaire ouverte sur les autres ports du monde fait partie de cette logique économique. Les coopératives agricoles ne peuvent plus ignorer ces réalités si elles veulent créer de la valeur ajoutée à partir des céréales collectées. S’engager toujours plus avant dans la transformation des produits, c’est aussi prendre de plus en plus de risques économiques et financiers. D’où la nécessité de commettre le moins possible d’erreurs stratégiques, lesquelles se paient toujours très cher. Le système capitaliste est ainsi fait que les entreprises coopératives à vocation mutualiste et sociale se voient contraintes de se conformer peu ou prou aux règles de fonctionnement du système dominant pour assurer leur survie. C’est du moins ce qu’il nous est apparu en visitant la malterie Boortmalt d’Anvers par un beau jour de novembre 2006. par Gérard Le Puill
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